
Prendre Freud et Jung comme héros d’un film destiné au grand public aiguisait déjà la curiosité. Les faire jouer par deux des acteurs les plus en vogue, un peu plus. Et puis il y avait ce Cronenberg, ponte de la science-fiction se penchant ici sur un sujet particulièrement « intello » et se basant sur une pièce de Christopher Hampton, l’excellent scénariste des Dangerous Liaisons de Stephen Frears. Bref, un paquet d’éléments plutôt excitants.
Rapidement, on s’aperçoit qu’il n’y aura pas grand-chose de séduisant dans ce film bavard, lent, et finalement très simpliste. Jung (Fassbender) n’a pas encore rencontré son idole Freud (Mortensen) qu’il fait la rencontre d’une patiente hystérique qui va profondément l’ébranler (Knightley). Les discussions avec Freud et Gross (Cassel) vont le faire suffisamment se poser de question pour que les relations médecin-patient et médecin-médecin dérivent. En une idylle sado-maso pour les premières, en combat de coqs psychanalytiques pour les secondes. Cronenberg articule donc son film autour de deux axes qui vont se croiser à tout moment, mais avec une lenteur que ne laissait pas attendre l’élément perturbateur de toute cette histoire : l’arrivée de Sabina, hystérique jouée de manière suffisamment impressionnante qu’on en viendrait presque à saluer le travail de Knightley (qu’on n’a jamais aimé ici). Petit film d’une heure et demie, il finit par sembler durer des heures.
A Dangerous Method propose un portrait des deux psychanalystes d’un ennui tel qu’on rit, souvent, dès que l’affaire prend un tour trop sérieux. On passera sur l’inénarrable séquence où débarque Vincent Cassel – qui n’avait encore jamais eu un rôle aussi insipide malgré les très appuyées addictions à la cocaïne et au sexe de son personnage. A Dangerous Method verse dans la comédie à chaque fois qu’on décèle, ici et là, son côté poseur. Le plus drôle étant que, très clairement, Cronenberg ne voulait pas se barrer une partie du public en faisant un film trop complexe. On est donc face à un exposé très (trop) didactique sur la psychanalyse vue par Freud et Jung, face à des dialogues non pas mal écrits mais tellement naïfs qu’ils en sont hilarants, et face à des situations extrêmement attendues.
Lorsque Jung et Freud se livrent à leurs premiers têtes-à-têtes, et que Jung raconte un de ses rêves récurrents (un cavalier devant lequel se trouvent d’innombrables obstacles et qui traîne de surcroît un énorme tronc), on aurait pu s’attendre à ce que les deux personnages se regardent d’un air entendu. Non, le spectateur lambda est trop stupide et il fallait que Freud se mette à dire, avec un sérieux qui laisse pantois : «Have you ever considered the possibility that this log might be your penis ? ». Viggo Mortensen est un homme plutôt sympathique et on est bien obligé de constater que son maquilleur a fait du très beau boulot. Mais Viggo Freud perd malheureusement toute crédibilité dès qu’il se met à parler. L’exemple ci-dessus est déjà assez révélateur mais lorsqu’il se met à discuter avec la folle et qu’il s’étonne de la confiance que celle-ci plaçait en Jung, on commence vraiment à toucher le fond. «Really, my dear, you trusted Jung ? But, you’re a jew, like me. We can not trust aryens like Jung. » On est donc en 1912 à ce moment… ce qui permet de se poser quelques questions quant aux connaissances historiques des scénaristes et dialoguistes de ce film.
On pourrait aussi évoquer ce dernier speech de Jung (en 1913), dans lequel il évoque ce rêve récurent qu’il fait, un cauchemar où l’Europe est balayée dans un torrent de sang. Admettons que Jung ait eu des visions… Il n’en reste pas moins que la première guerre mondiale qui s’apprête à éclater n’a absolument aucun rapport avec le reste de cette histoire. Sauf si, bien sûr, les dialoguistes pensent que cette guerre a fait les juifs être la cible des nazis, ce qui expliquerait tout à coup la stupidité de la phrase de Freud mentionnée plus haut.
A la sortie, il ne reste rien – hormis quelques gloussements moqueurs – de ce film qui enchaîne les conversations sottes car attendues et didactiques et les lenteurs écrasantes. Ah, si, on se souviendra quand même de cette capacité qu’à le cinéma de faire jouer Freud par un scandinave, une juive russe hystérique par une britannique anorexique, et de les faire revendiquer leur judaïté avec le plus grand sérieux du monde. La magie du cinéma…
MAtthieu Buge














