A BITTERSWEET LIFE (Kim Ji-Woon, 2006)

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Dans le genre film de baston vénère, A Bittersweet Life de Kim Ji-Woon se place bien.

D’un point de vue scénaristique, c’est un petit peu un ovni car relativement creux mais difficile à résumer. En gros, Sun-Woon (Lee Byung-Hun) évolue dans un hôtel où il n’est pas patron, pas serveur, mais plutôt l’homme à tout faire de son propriétaire, Mr Kang. Après avoir réglé leur compte à trois petites frappes qui ne veulent pas débarrasser le plancher du respectable établissement, Sun-Woon se voit confier une mission par son chef. Il doit fliquer la maitresse de ce dernier, bien plus jeune et suspectée d’avoir une autre relation. Si les soupçons sont confirmés, il devra se débarrasser d’elle. Evidemment, la petite nana voit un garçon de son âge, une relation qui semble futile mais du moins plus saine que celle avec Mr. Kang le certainement hôtelier mais sans aucun doute mafieux. Curieusement, Sun-Woon, dans un élan d’humanité dont sa tronche ne laissait pas présumer, rechigne à la tuer. A partir de là, il va commencer à prendre des coups. Entre le clan de ceux qui se sont fait démonter au début, un autre homme à tout faire qu’il a humilié précédemment et son propre patron, c’est tout le monde qui a envie de détruire ce pauvre Sun-Woon. Son sort semble bien réglé mais notre héros est un dur à cuire.  Après s’être fait tabasser comme jamais et enterrer vivant, il est un peu paumé. Il ne sait pas trop ce qu’il va faire, mais il va « aller jusqu’au bout ». On aura compris qu’il est parti pour tous les tuer et ça va être une belle boucherie.

A priori, et mis à part la parabole bouddhiste qui ouvre le film, on est loin de l’intellectualisme d’un Kim Ki-Duk. On est dans l’habituel schéma asiatique du petit mec qui n’a rien demandé, qui se fait piéger par sa hiérarchie et qui est prêt à en découdre quelque soit l’issue. C’est curieux, chez les Asiats ce besoin de faire des films sur la vengeance…

Le film de Kim Ji-Woon est avant tout une bonne grosse tranche de violence entre mecs, de testostérone à la sauce kimchi, filmée d’une manière assez classe et où la sauvagerie bénéficie du lustre de costards taillés sur mesure et de la belle gueule de Lee Byung-Hun. La violence sexy en somme. Et c’est peut être ce parti pris esthétique qui révèle le véritable intérêt de A Bittersweet Life.

La parabole bouddhiste évoquant les émotions humaines et les dernières images où l’on voit un Sun-Woon pimpant mimer des mouvements de boxe devant son reflet dans une vitre alors que trois minutes avant il avait été transformé en passoire ne font que confirmer le fait que toute l’histoire est un gros rêve que s’est fait Sun-Woon pour échapper à un quotidien vide de toute sensation, désespérant de nullité et propre à la société consumériste et confortable que l’Homme a érigée dans les pays développés. L’escalade de la violence n’est qu’une échappatoire comme une autre.

Certains se rêvent des destins d’aventuriers, d’autres prennent leur pied en s’imaginant déglinguer tout le monde. Une thèse qu’on retrouvait déjà dans des films comme Bullet Ballet ou Tokyo Fist pour ce qui est du cinéma bridé. Sans pousser jusqu’à dire que Kim Ji-Woon s’est lancé dans une critique acerbe de la société contemporaine, il est clair que son film a une portée un peu plus grande qu’une énième démonstration de violence esthétique. Sun-Woon n’est qu’un individu parmi tant d’autres, sans grande envergure, enfermé dans une routine lénifiante et qui, pour en réchapper, se rêve non pas en héros mais en victime. Car en étant le souffre douleur de tout son entourage, au moins, il vivrait quelque chose de fort. C’est l’aspiration héroïque qui aurait rencontré la rage (auto)destructrice.

La parabole qui clôt le film évoque un homme qui se réveille en pleurant car il a conscience que le beau rêve qu’il a fait ne se réalisera jamais. Admettons qu’il faut être sacrément désespéré pour en arriver là.

Malgré l’avalanche de poings, le torrent d’hémoglobine et cette thèse assez déplorable, A Bittersweet Life est un film attachant. Peut être parce que nous partageons tous un peu la destinée peu reluisante de Sun-Woon et que, gavés comme nous sommes de fictions violentes et/ou héroïques, sa démarche ne nous est pas totalement incompréhensible.

Et il serait un peu vain de fuir le côté le plus attrayant de ce film. Entre la tronche de Lee Byung-Hun, les costumes classes, les scènes de bastons où le sang est aussi attirant que la pub pour le chocolat Nestlé coulant sur une poire et un rythme effréné,  on ne peut qu’être séduit par le côté reluisant de cette violence. Ajoutez à cela une dose d’humour incongrue, et la sauce prend magnifiquement. Petite pensée pour le truculent russe qui joue une seconde main sans intérêt d’un détaillant en arme à feu (sans doute le rôle de sa vie), ajoutant une petite dose de surréalisme à la vie rêvée sauce aigre-douce de Sun-Woon…

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Dimanche mai 03 2009at 02:05 , filed under Ciné Bridé and tagged , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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