L’INCINERATEUR DE CADAVRES (Juraj Herz, 1968)

Réalisée en 1968, son tournage interrompu par le Printemps de Prague et le débarquement des amicales troupes soviétiques, censurée pendant vingt ans, cette comédie noire loufoque dérange toujours. « Nous vivons dans un Etat bon, qui construit pour nous des crématoriums ». Cette phrase, une des premières, met dans l’ambiance.

Dans les années 1930, Karl Kopfrkingl est employé du grand crématorium de Prague. Il est fasciné par les cendres, par la capacité de son four à brûler un corps en une heure, par la mort de manière générale, et de fait, ne parle que de ça. Sympathique ambiance pendant les dîners familiaux ! D’autant qu’en bon psychopathe, entre deux tirades sur son four ou sur la délivrance qu’il procure, il caresse les membres de sa famille chérie en les appelant « mes célestes ». Et puis soudain, observant l’invasion par la Grande Allemagne du petit Adolf, on le/il se persuade qu’il a du sang allemand et que tout le monde autour de lui a du sang juif…à commencer par sa femme et ses enfants. Vous aurez compris la suite, le combustible ne risque pas de manquer.

Hrusinsky, l’acteur principal, est salement captivant, tantôt à mourir de rire, tantôt terrifiant dans son rôle de sympathique gros, doux et paisible psychopathe qui aurait abusé du goulash. Au début du film la visite en famille au zoo où l’incinérateur et sa femme se sont rencontrés et les parallèles faits au montage entre des organes de félins ou de reptiles et la tronche de Kopfringl est une belle illustration de la duplicité du personnage. Ce montage, proche des débuts de J.L. Godard, achève de déboussoler le spectateur qui ne sait plus s’il trouve ça réellement drôle ou s’il rit pour échapper à l’angoisse qui le saisit. Au fond, Kopfringl n’est pas qu’incinérateur puisque les cadavres, c’est aussi lui qui les créé. Karl Kopfringl, dans sa psychologie, c’est un peu le Dr Petiot qui aurait fusionné avec Benoît Patard de C’est arrivé près de chez vous

Film noir, comédie acide, L’incinérateur de cadavre est aussi un film social, une œuvre qui décrit le comportement d’un « conformiste », une faiblesse humaine que l’Europe centrale a du particulièrement ressentir avec les invasions nazie puis communiste. Le contexte de cette histoire est certes l’invasion nazie mais il n’y a rien d’étonnant à ce que les autorités soviétiques aient décidé de l’interdire.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Samedi mai 30 2009at 01:05 , filed under Ciné Minorités, Coup D'Génie / Prodige Contestable and tagged , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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