PERHAPS LOVE (Peter Chan Ho-Sun, 2006)

L’idée était assez simple et pouvait être efficace: l’histoire du tournage d’une comédie musicale racontant les déchirants déboires amoureux de deux types qui aiment la même nénette, déboires que l’on retrouve en dehors de ce tournage entre le réalisateur, l’actrice et l’acteur.
Avec de grosses productions types Tigre et Dragon, ou surtout Hero, les Chinois nous avaient prouvé qu’ils n’avaient rien à envier aux films épiques américains types blockbusters qui passent bien parce qu’avec un maximum d’inventivité, un fond d’idée et un soupçon de propos. Avec une comédie musicale comme Perhaps Love ils nous prouvent qu’ils n’ont rien à envier au mauvais goût Made in US.
Ne soyons pas totalement négatif : le scénario partait d’un principe plutôt original et l’idée de mêler les chansons de la comédie musicale qui est en train de se tourner à l’intrigue réelle pour la décrire pouvait avoir son petit effet. Et puis : techniquement il n’y a rien à pas grand-chose à redire ; c’est un film rythmé, coloré (bien que ce soit vraiment limite de temps à autres dans l’agression visuelle…) ; on y trouve quelques éléments intéressants d’un point de vue psychologique (les procédés imaginés par les deux protagonistes masculins pour obtenir leur petite vengeance sont savoureux…et on en vient à plaindre l’héroïne qui pourtant ne pousse clairement pas à l’empathie) ; et on ne s’ennuie pas trop.
Mais Perhaps Love, c’est un peu la douche écossaise. Si la sobre scène d’introduction ne manque pas de charme, tout de suite après, on se demande si Chan Ho-Sun n’est pas sous l’influence d’un cacheton ecstasy à la mélamime ou s’il ne s’est pas fait remplacer par Tim Burton au plus bas de son talent. C’est un peu la douche écossaise parce qu’autant ce qui est dit à propos du trio amoureux autour du tournage est intéressant, gentillet, et passe plutôt bien, autant pendant les passages « musicale » on se demande si on ne va pas partir de la salle, de peur de voir débarquer Ewan McGregor hurler son amour à Nicole Kidman sur un fond tout rouge franchement dégueu. Entre le trop plein de couleur, un rythme qui finit par faire mal au crâne et les chorégraphies qui font penser à un espèce de clip de hip-hop, on se retrouve dans un Moulin Rouge bien kitsch version bridée. Il serait intéressant de voir combien de séances de répèt’ ont été nécessaires parce que le choin’ moyen ayant du mal à danser sur une musique propre à satisfaire le spectateur bovin occidental, il y a du avoir un sacré boulot…
Fort heureusement ces scènes, bien qu’importantes en termes visuels, sont minoritaires : on éteint son cerveau quand elles commencent et on essaie de profiter de la véritable histoire. Mais là encore, Chan Ho-Sun rame un peu car le seul véritable défaut de cette histoire à l’eau de jasmin, c’est qu’elle n’en finit pas. Et la potentielle affection du spectateur pour les personnages a bien une fin, elle.
Matthieu Buge
