POUR UNE POIGNEE d’EDAMAME ou comment Leone essaya de se sucrer sur le dos de Kurosawa
Sergio Leone restera à jamais le réalisateur de génie qui créa Le bon, la brute et le truand et Il était une fois dans l’Ouest. Mais il arrive que même les plus grands déconnent sacrément, et Leone en est la meilleure preuve.
Dans sa série des films réalisés avec Clint Eastwood, Pour une poignée de dollars mérite une place à part, et est à ranger dans la catégorie des scandales cinématographiques.
Au-delà de l’esthétique particulièrement médiocre, comparativement aux aventures suivantes de Blondin, Leone s’est foutu et du public et du monde du cinéma. Tout simplement parce qu’il a copié de manière éhontée Yojimbo (Le garde du corps) de Kurosawa. Certes, le principe du remake n’a rien d’extraordinaire, et John Sturges, avec Les 7 mercenaires, a rendu hommage au génie du cinéaste nippon et de ses 7 samouraïs. Mais il y a une différence entre le remake, légal, qui flirte avec l’hommage ou l’intérêt financier, et le plagiat, illégal et d’autant plus scandaleux ici que le procédé est utilisé pour faire un mauvais film. C’est à se demander comment Leone a pu oser copier à ce point le film de Kurosawa : l’intrigue est exactement la même et il va jusqu’à reproduire sans aucun scrupule des plans du japonais.
Le seul problème qui se posait à Leone est que dans le film de Kurosawa, le héros et son katana doivent faire face à la modernité : le bad guy qui revient des US et qui possède un pistolet. Alors qu’il est évident que dans le farwest ricain du XIXème chacun avait un ou deux six-coups à portée de main. Hm. Epineuse situation, merci d’en convenir. Résultat, la modernité devient une carabine à répétition. Si ça n’est pas pathétique ça comme solution… Mais si seulement Leone avait fait un bon film, on aurait pu lui pardonner ! Seulement, entre le plagiat et le ketchup, il a juste fait dans le mauvais goût. Et que ce film ait lancé la carrière de Clint Eastwood (pour le plus grand plaisir de tous, certes) laisse quelque peu perplexe.
Il arrive qu’il y ait une justice. Personne ne se souvient de cette histoire, mais néanmoins, Kurosawa colla vite fait bien fait un procès à Leone, que ce dernier perdit dans les grandes largeurs. Mais peut-être était-ce pour le mieux, car on ne lui fera pas la leçon deux fois. Et l’épreuve le força peut-être à ne plus confondre western-spaghetti et eastern-udon, à mettre un peu plus de lui-même dans ses films et à réaliser de véritables chef-d’œuvres par la suite.
Matthieu Buge

effectivement, ce n’est pas le meilleur des leone et l’intrigue est un repiquage de yojimbo mais aussi de la moisson rouge d’Hammett, je le signale…
Merci beaucoup pour la précision!