INJU, LA BÊTE DANS L’OMBRE (Barbet Schroeder, 2008)

Magimel prend cher au pays du soleil levant et auprès du public
En s’inspirant d’un bouquin d’Edogawa Ranpo (sorte de Conan Doyle nippon mais un chouille plus tordu) Barbet Schroeder a voulu faire un film grand public, une œuvre « commerciale » pour laquelle chacun ne rechignerait pas à débourser les 10 € réglementaires. Edogawa Ranpo avait déjà été adapté au cinéma, notamment avec La Bête Aveugle (Masumara, 1969), un film qui, s’il peut paraître hautement lénifiant, frappe néanmoins par la sexualité claustrophobique et sadomasochiste qu’il dépeint.
Alex Fayard (Benoît Magimel) est écrivain et spécialiste de Shundei Oe, mystérieux romancier torturé japonais dont personne n’a jamais vu la face. Fraîchement débarqué à Kyoto pour la promotion de sa dernière prose, Alex rencontre Tamao, belle nippone menacée par un ancien amant. Sans surprise, il décide de l’aider et se retrouve confronté à ce bon vieux Shundei Oe vicieux, pervers, omniprésent mais jamais visible.
Difficile de parler du propos de fond d’Inju, la bête dans l’ombre. Un autre court synopsis pourrait se traduire par l’équation : Barbet Schroeder + plus de 10 M € de budget = une mauvaise série B. Curieusement, le vieux Barbet a réalisé un film improbable tant il est incompréhensible dans ses intentions, tant il hésite entre les genres sans jamais se poser ni accrocher.
S’il a voulu faire un vrai « thriller érotique » comme le mentionnait la promo, c’est un bel échec car beaucoup trop pudibond au regard des traditionnelles fantaisies nippones en termes de cul. A l’exception d’un ingénieux système mécanique permettant de soulever dans les airs une Tamao version bondage, l’ensemble est a peu près aussi sexy qu’un film érotique RTL9.
S’il a voulu faire un film sérieux, sur la sexualité, la domination, les rapports homme-femme, voire sur les rapports entre civilisations, c’est un échec car trop kitsch pour paraître sérieux. Inju s’ouvre sur un extrait d’un film très série B, supposé adaptation d’une œuvre de Shundei. Mais dès lors que Fayard interrompt l’extrait pour continuer une conférence à la Sorbonne, on s’aperçoit que cette esthétique est maintenue et que Magimel ne va pas être crédible une seule seconde.
S’il a voulu faire un film volontairement kitsch, car l’ensemble ne prête même pas à sourire. Pas de volonté humoristique, pas de véritable héros ni d’anti-héros attachant, et des clichés sur le Japon pas même outrés au point qu’on puisse dénoter une once d’autodérision.
S’il a voulu faire un film sur le Japon, c’est un échec car à peu près aussi profond que les cinq premières pages du Lonely Planet Japan version US. Fayard, grand spécialiste d’un auteur japonais et qui a fait une partie de ses études au Japon, débarque à Kyoto en posant des questions dignes du plus gros beauf’ mettant pour la première fois les pieds dans l’archipel, en ânonnant un pauvre « arigato gozaimasu » et p’is c’est tout !
Est-ce parce que les scénaristes ont mal fait leur boulot d’adaptation ? Parce que Schroeder a voulu jouer sur un créneau qui n’est pas le sien ? Parce que Benoît Magimel se livre à une véritable dialectique d’acteur masochiste à chaque fois qu’il a une réplique ? Une combinaison de ces facteurs peut-être, une combinaison fort dommageable pour une histoire certes peu originale mais qui en vaut beaucoup d’autres et qui eut pu faire un honnête divertissement.
Matthieu Buge
