BORAT: CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN (Larry Charles, 2006)

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Borat Sagdiyev (Sacha Baron Cohen), figure populaire s’il en est du paysage audiovisuel Kazakh, quitte son glorious country pour aller faire un documentaire aux « US and A », greatest country in the world, pour faire apprendre un peu plus et en faire profiter son peuple. Flanqué de son bon gros producteur Azamat Bagatov (Ken Davitian) et de son poulet domestique, il erre dans New-York, allant candidement à la rencontre des autres et se faisant systématiquement jeter comme un malpropre. Jusqu’au moment où il tombe amoureux de Pamela Anderson en matant un épisode de Bay Watch. « This C.J. was like no Kazakh woman I have ever seen. She had golden hairs, teeth as white as pearls, and the asshole of a seven-year-old. For the first time in my lifes, I was in love ». Apprenant d’un groupe de féministes qu’elle habite à L.A, ni une ni deux, il décide d’aller en Californie pour se marier avec elle. Mais Azamat étant persuadé que le 11 septembre est l’œuvre des juifs et qu’ils s’apprêtent à  frapper une nouvelle fois, les deux compères crapahutent à travers les US and A par voie terrestre. Des Etats-Unis progressistes de l’Est à l’Amérique profonde, celle des républicains obtus et du port d’arme promu, des fraternités étudiantes alcoolisées et des concours de rodéo passionnés, des pentecôtistes fanatiques et de la bienséance comique, Borat enchaîne bourdes et rencontres incongrues avant d’arriver dans une Californie clinquante où sa tentative d’enlever Pamela sera un cuisant échec.

Mockumentary jubilatoire, Borat relève du délire le plus complet, de l’humour le plus débridé et de l’insolence la plus jouissive. Il est certain que le citoyen kazakh peut se sentir quelque peu insulté face à un film qui dépeint ce peuple d’Asie Centrale comme un ramassis d’abrutis violeurs sans le sou, incultes, incestueux, particulièrement antisémites et détestant leurs voisins Ouzbeks auxquels ils ne manquent pas une occasion de rappeler d’aller se faire mettre. En guise d’introduction : la présentation de son village natal Kuzek, avec son mécanicien-avorteur, ses voitures tractées par des chevaux, la sœur de Borat qui a gagné le quatrième prix de prostitution du pays, et ses coutumes locales telles le lâcher de Juifs. Un pré-requis nécessaire pour savourer les frasques de ce béotien des steppes dans l’urbanité américaine.

Encore faut-il préciser que tout ce qui a trait au Kazakhstan dans ce film n’a en réalité rien à voir avec l’ancienne république soviétique. Quand il ne s’exprime pas dans un anglais bouseux, Borat parle un peu hébreux, un peu polonais ; son producteur est un acteur ricain d’origine arménienne, et les passages « kazakhs » du film ont été tournés… en Roumanie. Même les images du générique, défilant sur un hymne kazakh complètement inventé, viennent a peu près toutes de pubs estoniennes de l’époque soviétique, à part une, glorieux portrait du président azerbaidjanais… Pas étonnant que, rapidement, les autorités Kazakhs se soient mises à parler du « Borat problem » : entre caricature absurde et escroquerie intellectuelle, la fierté nationale de ce glorious country devait en prendre un petit coup. On se souviendra de moments particulièrement classes comme celui où Borat raconte un épisode familiale à un professeur d’humour américain : « Sometime my sister, she show her vazhïn to my brother Bilo and say « You will never get this you will never get it la la la la la la. » He behind his cage. He cries, he cries and everybody laughs. She goes « You never get this. » But one time he break cage and he « get this » and then we all laugh. High five! »

Mais Borat se fout bien évidemment plus de la trogne des Américains que de celle des Kazakhs, car les personnages qu’il rencontre, symboles archétypiques des US à bien des égards, ne réalisant pas qu’ils vont faire partie d’un tel documenteur, n’hésitent pas une seconde à se lancer à corps perdus dans des discours accablants et des réactions pathétiques. Un tel, manager de rodéo, n’a aucun problème à confirmer l’idée de Borat selon laquelle il faudrait pendre les pédés, tel autre, concessionnaire automobile répond le plus sérieusement du monde au souhait du faux Kazakh : «I want to have a car that attract a woman with shave down below »… Du professeur d’humour pénible à la femme qui assure ses amies qu’en peu de temps et malgré des vastes différences culturelles il pourrait être parfaitement américanisé, chacun s’enfonce un peu plus dans la dialectique de la stupidité humaine.

Mais globalement, en incarnant ce parfait rustre, Sacha Baron Cohen ne fait pas une critique acerbe et facile des Etats-Unis. L’image des US n’en sort pas indemne, il n’y a pas de doute, mais Borat est en réalité une attaque contre la stupidité humaine sous toutes ses formes. Si le personnage principal peut passer de temps à autres pour la victime fortuite de la société américaine, tous font preuve de racisme, de fanatisme, de crétinerie absolue ou encore d’un politiquement correct débile. Pas un pour rattraper l’autre. A cette différence près que Borat, dans toute son inculture, ses préjugés et sa connerie, nous semble sympathique car son personnage n’a pas la prétention d’être le summum de la civilisation humaine, lui.

Et n’oublions pas la force de l’humour potache qui, s’il peut parfois être pénible, appelle notre rire le plus simple. La course poursuite entre Borat et Azamat nus dans un grand hôtel restera en ce sens réellement dans les annales.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Mardi juillet 14 2009at 01:07 , filed under Ciné US$, Coup D'Génie / Prodige Contestable and tagged , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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