GOOD MORNING ENGLAND (Richard Curtis, 2009)
Après ses deux grands succès en tant que réalisateur et/ou scénariste – Four Weddings & A Funeral et Love Actually – on pouvait penser qu’en choisissant le thème des radios libres britanniques des années 60 il produirait un film un peu moins mielleux, un chouille moins dégoulinant de bons sentiments, mais non ! Il nous en ressert une fournée et il faut bien avouer que ça n’est pas pour nous déplaire.
L’idée même de faire un film sur le conflit opposant l’esprit rock naissant d’une partie de la population à l’intelligentsia démodée et délétère des classes dirigeantes britanniques était une bonne base de départ pour jouer sur des clichés jouissifs de la civilisation roastbeef. Le clash des cultures ne pouvait qu’être accentué de manière particulièrement comique à partir du moment où les deux clans évoluent chacun de leur côté, en huis clos : l’un dans l’atmosphère restrictivement glauque des arcannes du 10 Downing Street et l’autre dans l’environnement joyeusement débridé d’un bateau tout moisi où ça fume, ça picole et ça baise.
Autant dire qu’il n’y a rien pour sauver la tribu guindée du gouvernement, menée brillamment par un Kenneth Branagh méconnaissable en ministre puritain au look hitlérien qui espère sauver le prestige de la nation en dégommant la bande d’allumés qui diffuse du rock depuis la mer du Nord. Incarnant une mentalité détestable, ils se battent de manière mesquine contre un mouvement que le spectateur sait irréversible, contre des types bien peu dangereux, qui finissent par apparaître comme les sauveurs de l’humanité de par leur légèreté, leur solidarité et leur réjouissante débilité.
Evidemment, si le scénar’ est devenu une comédie digne de ce nom c’est qu’il est supporté par une tripotée d’acteurs plus fous les uns que les autres, que ce soit Bill Nighy en dandy déglingué, Philip Seymour Hoffman en DJ ricain jusqu’auboutiste ou le sympathique Nick Frost, éternel gros porc au charme indéniable. Petit bémol quant au choix de Tom Sturridge, sorte de Louis Garrel version clean et anglo-saxonne, bien fade comme il faut au milieu de ce zoo cinématographique.
Il est certain que Curtis n’a pas fait dans l’étude historico-sociologique toute en finesse de détails et de précisions sur les évolutions psychologiques de l’époque. Et fort heureusement – les férus d’ouvrages lénifiants pourront se rapporter à l’ouvrage Mass Media Moments in the United Kingdom, the USSR and the USA, by Gilder PhD., Eric. ( »Lucian Blaga » University of Sibiu Press, Romania. 2003), sur les réactions gouvernementales aux radios pirates et l’influence de Radio Caroline au Texas (sic).
Il continue au contraire dans la veine qui fait son succès, une veine où coulent humour facile mais réjouissant, oppositions faciles mais efficaces et bons sentiments pénibles mais suffisamment bien habillés et montés pour qu’ils soient digestes. Good Morning England montre que Curtis poursuit tranquillement sa route de réalisateur de films faciles mais habiles et toujours antidépresseurs. Et ça manquait depuis Capra !
Matthieu Buge

On ne s’ennuie pas devant ce film sympathique. La bande son y est pour beaucoup ! Le talent du réalisateur est d’en faire pour tout le monde : la BO pour les amateurs de rock, les blagues potaches pour les amateurs de comédie et la pseudo-histoire d’amour pour les amateurs de niaiserie.