2LDK (Tsutsumi Yukihiko, 2003)

Lana et Nozomi... une coloc' idyllique
2 bedrooms, Living, Dining, Kitchen. C’est l’espace que se partagent deux jeunes actrices qui postulent pour un même rôle. L’une est a priori un petite pouffe superficielle, l’autre en apparence un simple et timide provinciale. Tout les sépare donc mis à part ce rôle qui les lie par une rivalité féroce. Evidemment, l’affrontement en huis-clos dégénère à la veille de la sélection au casting. Les deux nippones vont rapidement passer des petites mesquineries psychologiques et matérielles à une sévère baston, suivant le principe vieux comme le monde du « il ne doit en rester qu’un ».
On pourrait se dire qu’elles sont quand même l’air un peu con, puisque, de toute façon, celle qui restera passera du statut de fausse actrice à vraie meurtrière et taularde. Mais cela n’a aucune importance puisque 2LDK, c’est un film « concept ». Ou plutôt c’est une partie d’un concept.
Après les quelques biru de rigueur sirotées pour fêter leur rencontre, les deux réalisateurs Kitamura Ryuhei et Tsutsumi Yukihiko, sans doute passablement bourrés, se jettent un défi. Qui de nous deux arrivera à faire le meilleur film en s’imposant les contraintes suivantes : le scénario doit contenir un maximum de trois personnes, le film doit être tourné en une semaine sur la base d’un budget très serré, l’histoire doit se dérouler en un seul et même endroit et un des protagonistes doit mourir. Bref, un projet qui ne pouvait sortir que de la tête de Japonais.
Tsutsumi propose donc une sorte de Battle Royal confinée dans un petit appartement tokyoïte. Mais à la différence du fameux teenage-movie sanglant, 2LDK est un produit assez original dans sa mise en scène. Rien n’est fait pour que l’on puisse s’attacher à l’une ou l’autre, ou, plutôt, tout est fait pour qu’on ne puisse pas s’attacher à l’une plutôt qu’à l’autre. La sympathie du spectateur passe de l’une à l’autre des protagonistes sans jamais se fixer, cela grâce à un travail sur la psychologie des personnages plus fin qu’il n’y paraît et à l’utilisation de très efficaces voix-off qui se mêlent, entre elles tout comme au discours prononcé, laissant apparaître la vraie personnalité de chacune. Très bien interprétées, la petite provinciale s’avère être une sympathique psycho tandis que la citadine pourrie gâtée fait preuve d’une psychologie plus fine et complexe qu’elle ne pouvait le laisser croire. Pour un bain de sang tourné en une semaine, c’est quand même pas mal.
Mais c’est sans doute cette contrainte qui fait que 2LDK laisse un goût de trop peu, parce qu’en une semaine, même en travaillant de nuit, il y a forcément une ou deux scènes qui ne marchent pas (de ce point de vue, la scène de la tronçonneuse, alléchante sur la jaquette du DVD, est très frustrante à cause du rire hystérique absolument pas crédible de la pouffe) et tant qu’à partir sur un concept aussi curieux, autant foncer dans le trash absolu. Tsutsumi, qui a l’air d’être un nerd sympathique, s’est sans doute un peu autolimité sur cet aspect là.
Mais c’est que Tsutsumi n’est certainement pas un simple geek de l’hémoglobine, et si l’on en croit ses explications, son film est une démonstration à la fois de la force et de la bêtise des Japonais. C’est donc tout un peuple qu’il symbolise par là. Ce qui laisse assez rêveur quant à l’avenir du peuple nippon…
Matthieu Buge
