CLOVERFIELD (Matt Reeves, 2008)

Aaaaah glaglagla... une nouvelle bestiole dans NYC!

Aaaaah glaglagla... une nouvelle bestiole dans NYC!

J.J Abrams aime bien les choses qui relèvent du mystère, de l’étrange propre à faire travailler les fantasmes du pékin moyen quant à sa propre mort du fait d’un évènement quelque peu bizarre ou d’une créature surnaturelle moisie. Le producteur de Lost a une brillante idée lorsqu’il entend parler du Bloop, son suspect détecté dans l’océan au sud-ouest de l’Amérique du Sud : le projet Cloverfield.

Une bande de jeunes est en train de festoyer dans Manhattan à l’occasion du départ au Japon de Rob, gentil mec bien sous tous rapports qui s’engueule tout de même vertement avec son ex en plein milieu de la soirée. Peu après le départ de celle qu’il aime, l’immeuble est fortement secoué et chacun, poussé par la curiosité débile qui anime les êtres humains, descend dans la rue comprendre ce que c’est que ce bordel. Un séisme ? Encore un coup de ces fucking terroristes musulmans ? Encore un coup des sionistes ? Explosion. La tête de la statue de la liberté atterrit dans la rue. Un nouveau symbole du rêve américain qui s’écroule. Voilà qu’après les moyen-orientaux, c’est encore un gros reptile louche qui s’en prend à New-York City. Glaglagla. Rob décide ni une ni deux d’aller sauver son ex à l’autre bout de Manhattan et, flanqué de trois potes, il va devoir affronter cette nouvelle version de Godzilla et les morbacs venimeux qui l’accompagnent, la bêtise de son meilleur pote Hud et les objectifs des militaires au beau milieu du dédale new-yorkais en ruine.

Rien de bien incroyable certes. Mais Matt Reeves surprend un peu en faisant un film dans un style documentaire, les acteurs étant tout à fait inconnus et la caméra étant tenu tout du long par cet abruti de Hud, ce qui donne un côté un peu plus flippant à un film au genre éculé. Et en ces temps sombres pour les Etats-Unis, période d’idées noires et de prédictions apocalyptiques,  il n’est pas rare de voir la catastrophe être irrécupérable, comme Roland Emmerich l’avait montré avec la finesse qui le caractérise dans Le Jour D’Après en faisant disparaître son grandiose pays sous la glace. Le fait donc que le film n’ait pas la traditionnelle Happy End ricaine n’est pas d’une originalité folle mais est bien plaisant et l’ensemble se boit comme du petit lait.

Et pour que le mythe se créé un peu plus autour de ce projet cinématographique, la prod’ a encore un peu plus recours à la cachotterie. L’image finale, montrant des images d’un film fait quelque mois plus tôt et dans lequel on voit Rob et sa nana se dire des niaiseries le long d’une plage alors qu’à l’horizon une sombre forme tombe dans l’océan, a son petit effet de mystère qui laisse le spectateur à des réflexions débiles sans fin et sans fond sur l’origine de la créature. Le monstre vient-il de l’espace ? Une météorite a-t-elle réveillé une bête sous-marine ?  Combien de temps le gouvernement nous a-t-il caché son existence ?  Et si c’était encore un coup des francs-mac’ ?

Cependant, cependant. J.J Abrams étant sans doute à l’origine de l’ensemble du projet même dans certains de ses aspects esthétiques, c’est à lui que l’on pourrait jeter une pierre pour un certain manque d’originalité. Ou plutôt pour avoir eu l’idée de lancer à la tête du spectateur un trois en un, cocktail assez peu fin de trois grands succès commerciaux : Godzilla avec son lézard nucléaire, Alien avec ses parasites vecteurs de virus louches, et Blair Witch avec sa caméra à l’épaule, son faux aspect documentaire et sa fin où tout le monde y passe. Certes, des images comme celle de la statue de la liberté décapitée sont assez amusantes mais la vision du gros gecko agressif qui démolit une métropole commence à être quelque peu fatigante. Certes, voir un type se faire courser dans les couloirs du métro par une meute de chien de l’espace est toujours effrayant mais on est très très loin de l’angoisse que Ridley Scott était arrivée à créer avec son huitième passager. Certes le point de vue subjectif de la caméra à l’épaule est très original mais Blair Witch était passé avant pour l’effet de surprise et, comme pendant le visionnage de ce dernier, on en arrive à se demander pourquoi fichtre cet imbécile qui manque à chaque instant  de se faire écraser par les immeubles qui s’écroulent et de se faire becqueter par des bestioles atroces n’abandonne pas sa caméra. Parce qu’autant Blair Witch avait l’intelligence d’insister sur le côté parfaitement débile et obstiné de l’un des personnages à finir son documentaire, autant ce sacré Hud n’a, dès le début du film, aucune raison valable pour avoir entre les mains cet objet encombrant qu’il ne sait d’ailleurs pas manier.

Bref, Cloverfield est parfaitement divertissant et, si on ne le compare à aucune de ses évidentes sources d’inspiration, pourrait figurer dans le top 5 des films catastrophes. Mais à vouloir trop en faire dans le domaine de l’originalité le duo Abrams-Reeves finit par faire un produit qui n’a rien d’exceptionnel et à essayer d’en mettre toujours un peu plus dans la vue du spectateur, les cinéastes hollywoodiens devraient se rappeler que les films les plus anxiogènes restent ceux aux moyens limités, qui font dans la suggestion et non la démonstration.

La dimension vraiment intéressante de Cloverfield réside sans doute plus dans la signification de cette nouvelle fin apocalyptique quant à l’histoire des Etats-Unis…

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Samedi août 15 2009at 01:08 , filed under Ciné US$ and tagged , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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