MIFUNE – DOGME III (Søren Kragh-Jacobsen, 1999)

mifune-dogme-movie-fox

Film réalisé selon les lois érigées par le manifeste du Dogma 95 de Thomas Vinterberg et du louche Lars Von Trier, Mifune – Dogme III est une petite merveille scandinave.

Kersten (Anders W. Berthelsen) se marie. Il est promis à un avenir plutôt sympa étant donné qu’il épouse la fille de son patron qui le tient en haute estime et espère beaucoup de lui. Mais dès le matin qui suit une nuit de noce frénétique, il reçoit le coup de fil qui change le cours des choses. Son paternel vient de mourir et il doit se rendre au fin fond de la campagne danoise – autant dire pas le summum de la civilisation scandinave. La belle-famille qui le pensait orphelin n’apprécie guère. Parce qu’être orphelin qui réussit, c’est smart et courageux, alors que quand on est pouilleux et qu’on s’en sort quand même, on reste un pouilleux ! Il faut bien avouer qu’au niveau standing, le pauvre Kersten fait une sacrée dégringolade en revenant au pays pour s’occuper de la ferme familiale en ruine et de son débile de frère Rud (Jesper Asholt) qui attend l’arrivée des martiens et ne se calme de ses crises d’angoisse que lorsque Kersten se met à imiter l’acteur Toshiro Mifune dans son rôle de Kikuchiyo dans les Sept Samouraïs.

De son côté, Liva (Iben Hjejle), gentille blonde qui fait la pute pour pouvoir faire vivre son petit con de fils Bjarke (Emil Tarding), va devoir elle aussi quitter la capitale pour échapper à un psychopathe, acceptant un job de gouvernante… à la ferme des deux frères.

Avec une histoire pareille et les règles du Dogma 95 qui s’apparentent, comme ils disent, à un vœu de chasteté qui obligerait à ne pas se compromettre dans l’utilisation de tout artifice moderne du cinéma, on pouvait s’attendre à un film fichtrement ennuyeux, on peut bien l’admettre. Mais non.

Intelligent, drôle, touchant, Mifune est réjouissant d’humanité. Loin  du chic de Copenhague, le morne enfer de cette campagne minable apparaît d’abord comme une punition bien vache mais bien méritée pour le Kersten qui a renié les siens dix ans auparavant. Pour Kersten, passer d’un appartement stylé occupé par une femme aux hormones en ébullition à cette bâtisse dégueu où il doit s’occuper d’un demeuré profond ne constitue pas tout à fait la réalisation de l’avenir dont il avait tenté de jeter les bases. Mais, au fur et à mesure que les relations se (re)construisent, une sorte de noblesse perce à travers la nullité et la bassesse de cette existence. Pour autant, la vie à la campagne ne devient pas le moins du monde enchanteresse : si Liva et son fils peuvent arriver à comprendre que l’univers parallèle de Rud a une certaine pertinence et que des pouilleux peuvent faire preuve de talents cachés, suffisamment de détails glauques sont là pour rappeler l’angoisse que peut représenter ce nouvel environnement. La fuite en avant de Kersten n’avait en réalité rien résolu. L’amour qu’il avait essayé de construire artificiellement avec la fille de son boss, il le trouvera naturellement dans les bras de la socialement pas au top Liva et la carrière impersonnelle qu’il avait tenté de bâtir, il en verra l’inconsistance en retrouvant son agaçant mais désarmant attardé de frangin. La noblesse qui les touche tous, à un moment ou à un autre, est dans cette acceptation qui ne s’apparente jamais à de la résignation. Le déclencheur est évidemment Liva. Elle peut bien assener à son ado « La vie est une grosse merde qu’il faut bouffer tous les jours, habitue toi ! », c’est elle, surtout, qui se bat pour que les choses avancent.

La sobriété de la réalisation se voit tout de même agrémentée du grain épais de l’image, toujours charmant, mais si la simplicité semblait de rigueur pour un tel film, il est sans doute possible de penser que sa qualité repose en grande partie sur la qualité des acteurs et de la manière avec laquelle ils ont été dirigés. Berthelsen est très bon en faux business man rattrapé par son passé, le juvénile Tarding interprète bien son rôle d’ado qui se veut manipulateur mais qui n’est en définitive qu’un petit con, Asholt est tout simplement prodigieux en idiot du village obsessionnel, et Hjejle, splendide, magnifique de justesse, est littéralement à tomber raide.

Manquerait plus que les prod’ d’Hollywood, en manque d’inspiration, tentent d’en faire un remake genre comédie romantique avec Owen Wilson, Jack Black et Jennifer Garner et l’auteur de ses lignes ira se pendre.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Dimanche août 30 2009at 12:08 , filed under Ciné Minorités, Coup D'Génie / Prodige Contestable and tagged , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>