DISTRICT 9 (Neill Blomkamp, 2009)

District9 - Movie - Kitsune

Une nouvelle fois les aliens ont débarqué sur grand écran. Mais, comme le fait remarquer une voix-off dès le début du film, le très mystérieux vaisseau ne s’est pas positionné au-dessus de NYC ou de Washington D.C avant de défoncer tous azimuts une humanité qui n’a rien demandé. Curieusement, c’est le ciel de la moins sexy et moins prestigieuse Johannesburg qui se voit encombré de ce gigantesque tas de ferrailles et les autorités ont tôt fait de découvrir que si les créatures à l’intérieur ne sont pas très réactives c’est qu’elles sont en train de mourir d’un fléau quelconque. Décision est prise de les prendre en charge et de les parquer dans un district de la capitale sud-africaine.

20 ans et aucune extermination  d’êtres humains plus tard les choses commencent à dégénérer. Entassés dans ce quartier insalubre, les créatures commencent quelque peu à taper sur le système de la population humaine de par leur comportement non pas hostile mais, disons, peu cavalier. Le gouvernement cède donc à la pression de la populace et décide de reprendre le bidonville alloué aux insectes de l’espace et de les envoyer ailleurs, plus loin.

Entre en scène le sympathique Wikus Van Der Merwe, héros au Q.I limité et au charisme d’une huître, qui va devoir exproprier les aliens avant de les déporter. La rafle mène l’équipe à un espèce de laboratoire illégale plein d’objets bizarroïdes d’où gicle un liquide douteux, en pleine face de ce malheureux Wikus. Peu à peu, il se métamorphose en crevette spatiale, une aubaine pour les autorités qui y voient un moyen de contrôler les armes extraterrestres qui ne fonctionnent qu’entre les mains de leurs propriétaires. Le décor est planté pour une course-poursuite effrénée et musclée dans les bidonvilles de Johannesburg.

Dans la longue liste des films traitant d’une rencontre du troisième type et des rapports potentiellement conflictuels qui peuvent en découler, District 9 fait figure d’exception.

L’originalité première tient évidemment au choix du lieu. Le centre du monde n’est plus une grande ville américaine sur laquelle la population mondiale aurait les yeux braqués. Johannesburg, capitale d’un pays émergent, était d’abord un magnifique symbole pour représenter la fin de l’époque bipolaire puis unipolaire qu’a été le vingtième siècle. Le mélange de pauvreté crasse et de technologie et matériel militaire dernière génération se pose comme un magnifique décor pour la course-poursuite faisant s’affronter des autorités cyniques et un Wikus qui va devoir bon gré mal gré trouver un allié dans le camp alien. La présence de mafieux nigérians qui évoluent au sein même du District 9 au milieu des Aliens tout en les arnaquant en leur vendant des boîtes de pâté pour chat était une autre idée très forte. L’échec total de la loi commune, de la société soi-disant policée qui intégrerait tout le monde.

De manière encore plus évidente, Johannesburg était sans doute le meilleur endroit sur terre pour mettre en scène des conflits raciaux. Neill Blomkamp n’a aucun complexe à faire un lien direct entre l’Apartheid et le sort réservé aux Aliens, allant jusqu’à faire apparaître des militants des droits des Aliens. La volonté de déporter les créatures vers un autre camp rappelle directement les décisions du gouvernement sud-africain de 1951 et les panneaux interdisant l’accès de différents lieux aux « non-humains » évoquent bon nombre de photos du vingtième siècle dans lesquelles le terme « alien » aurait remplacé les plus communs « juifs », « noirs » … Les Aliens ne sont donc pas tant une menace qu’une nouvelle race victime de la stupidité et de la cupidité humaine. La répétition des erreurs que les hommes se sont infligées depuis le début de leur existence.

District 9 sort aussi de l’ordinaire de part la noirceur qui s’en dégage. Si la fin n’est pas totalement pessimiste, les trahisons, les bassesses fusent. Il n’y a pas d’unité, de réelle fraternité. Le pauvre Wikus en pleine métamorphose, pris en chasse par son propre beau père et se voyant accusé par sa propre femme d’être un alienophile le subira de plein fouet. On est loin de la bataille et du discours moisi du 4 juillet d’Independance Day…

C’est sans doute d’un point de vue scénaristique que District 9 pèche un peu ; on peut effectivement se demander pourquoi, par exemple, si les Aliens ont des armes incroyables, ils ne s’en servent jamais quand les militaires viennent leur mitrailler les côtes ou quand les Nigérians se foutent de leur gueule en leur vendant n’importe quoi contre des armes qu’ils ne peuvent utiliser avant de les abattre sommairement. On peut aussi se dire qu’ils passent un peu vite sur ce gros vaisseau mère qui se met subitement à fonctionner après vingt années de panne totale. On peut aussi se lasser pendant la deuxième partie du film qui n’est, globalement, qu’un gigantesque gun-fight.

Néanmoins, District 9 bluffe de part l’originalité de son scénario de départ et de sa mise en scène. L’aspect quasi-documentaire (images saccadées, caméra à l’épaule, entrecoupées de brefs interviews) de la première partie a un effet d’une puissance incroyable… qui fait que District 9 restera sans doute dans les annales du film d’anticipation.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Mardi septembre 29 2009at 04:09 , filed under Ciné US$ and tagged . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

One Response to “DISTRICT 9 (Neill Blomkamp, 2009)”

  • Larmo dit :

    Super film qui a le mérite de renverser la traditionnelle opposition entre les gentils humains et les méchants extraterrestres. Fait avec trois bouts de ficelle, District 9 compense son manque d’effets spéciaux par la grande qualité de son scénario à l’inverse d’Avatar dont la grandiloquence des effets spéciaux n’est que la face cachée de la sombre nullité du scénario.

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