LA SEPPUKU ATTITUDE DES JAPONAIS, C’EST KAWAII CA ?

Si chaque nationalité a son lot de bizarreries et d’étrangetés, les Japonais se classent tout de même bons premiers en terme d’absurdités jouissives et d’excentricités qui laissent perplexe. La réputation des Japonais pour la création de choses dites « kawaii » (entendre par là mignonnes, absurdes et souvent sans aucune utilité) n’est plus à faire et cet adjectif tend à remplacer le traditionnel qualificatif « japonais ». Mais le fait est qu’à force de regarder du cinéma nippon, il est difficile de ne pas remarquer que l’archipel est quand même un sacré vivier de mecs obnubilés par la mort sous toutes ses formes.
Le seppuku et les kamikazes sont des formes bien connues de morts volontaires spécifiques à l’empire du soleil levant, et même si ces activités ludiques ne sont plus trop pratiquées de nos jours, l’actualité quotidienne peut laisser penser que le Japon n’est pas forcément le pays où le débile indice du bonheur mondial ne doit pas être le plus élevé. Tel jour un type s’acharne sans raison sur des gens à un carrefour de Tokyo, tel autre des internautes se mettent à créer des « suicide clubs » et c’est tous les ans que les militaires retrouvent des cadavres dans les forêts du mont Fuji ou que les conditions géographiques du pays sont à l’origine de la disparition de bon nombre de citoyens nippons.
Si l’on considère que l’audiovisuel est la forme médiatique qui a le plus d’influence sur la société et l’imaginaire collectif, on peut tout de même se demander si le cinéma local ne participe pas à l’autodestruction de la société japonaise. Car non contents d’avoir une pyramide des âges inversée, d’avoir pour perspective d’être moitié moins vers 2100 et/ou celle de se faire envahir de gré ou de force par leur voisins Choin’, les Japs sont particulièrement amateurs et créateurs de produits délétères. La violence formelle des œuvres japonaises n’a au fond rien de bien extraordinaire et, comme le faisait remarquer Kitano, la violence est souvent plus stigmatisée dans le cinéma japonais que dans des blockbusters Made in US qui, à force de surenchère, banalisent la violence la plus extrême.
Le problème est plus dans la signification de cette violence que dans sa forme et dans l’issue habituelle qu’est la mort. Car dans la forme, les Japonais ne sont pas particulièrement plus inventifs que les autres peuples de cette planète. Mise à part la non négligeable facilité avec laquelle ils plongent dans l’horreur à la Nakata Hideo (The Ring, Kaosu, Dar Water…) ou Kuroswa Kiyoshi (Kairo, Charisma Cure, Doppelgänger…) la violence est mise en scène selon des principes relativement universels. Violence et mort guerrières, chez des auteurs comme Kurosawa Akira qui avait un faible pour l’adaptation des tragédies shakespeariennes où ça finit mal pour tout le monde. Violence et mort volontaires à l’instar de Kitano qui se suicide à moult reprise à la fin de films comme Sonatine ou Hana-Bi. Violence et mort passionnelles quand on s’attarde sur des films comme L’Empire Des Sens où le personnage principal accepte de se faire étrangler par sa nana ou L’Anguille qui commence par un meurtre passionnel. Violence de la folie meurtrière, comme dans des tueries à la Battle Royal, 2LDK… que l’on peut rapprocher de la violence gratuite des coups de folies dans des œuvres comme celles de Tsukamoto Shinya (Tokyo Fist, Bullet Ballet…).
Des formes qui n’ont au final rien de bien original mais qui s’avèrent curieusement récurrentes et le fait que la violence se solde d’une manière quasi-systématique par la mort n’arrange rien à l’affaire. Notons aussi que les Japonais ont une propension assez hallucinante à broder autour des perspectives peu réjouissantes que réserve l’avenir, que ce soit dans des fables comme Dreams de Kurosawa ou toutes œuvres d’anticipations types Ghost in the shell, Akira, Ken le survivant etc…
Tout ceci peut laisser penser que ces œuvres sont directement issues de traumatismes nippons dus à leur histoire et à leur environnement naturel mais aussi qu’elles peuvent sans doute renforcer ces tendances innées de par l’influence que peut exercer l’audiovisuel sur les esprits, participant ainsi au sabordage de la société japonaise.
Comme si les Japonais anticipaient de manière permanente leur propre disparition totale et, généralement, brutale.
A force de taxer tous leurs produits d’être des kawaiieries, on oublie souvent qu’un grand pan de l’art japonais fait preuve de Kyoufushou (mot relativement guilleret pour évoquer les peurs morbides)…
Matthieu Buge

Pour prolonger cette interrogation sur l’origine de cette surabondance de violence dans le cinéma nippon, ne faut-il pas aussi y voir l’expression d’une féodalité encore bien ancrée dans la société japonaise ?
Entre un monde du travail scientifiquement hiérarchisé, la place prépondérante du patriarche dans la cellule familiale, le respect sans bornes pour les ancêtres et pour l’autorité en général, ou même l’organisation en fiefs des mastodontes industriels, le Japon renvoie l’image d’une société basée sur le respect de l’ordre établi et des traditions.
La violence au cinéma comme exutoire à ce carcan institutionnel et culturel, biens sûr. Mais aussi la violence au cinéma souvent comme l’illustration de cette féodalité, époque rêvée dans laquelle le sacrifice du chevalier pour son seigneur est vanté comme idéal.
Que le chevalier s’oppose à son maître, qu’il se sacrifie pour lui, ou qu’il soit déchu, force est de constater que beaucoup de héros nippons ressemblent souvent à des avatars répétitifs des Samouraïs de la table ronde…