L’ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON (David Fincher, 2008)

Daisy & Ben, période heureuse - Le soleil vient de se lever, encore uneuh belleuh journée...
L’étrange histoire d’un vaste succès cinématographique. On se passera de commentaire sur l’histoire : Fincher est quand même allé la chercher chez F.S Fitzgerald et même s’il s’en est plus inspiré qu’il l’a adaptée, il semble difficile de critiquer l’idée très originale qu’avait eue un des plus grands romanciers américains du vingtième siècle.
Benjamin est né avec un corps de vieux, tout fripé, avec la force musculaire, les articulations et les os d’un type de quatre-vingt berges. Abandonné par sa famille, il grandit dans une sympathique maison de retraite et son corps suit l’évolution inverse d’un corps normalement constitué. Il rencontre un jour Daisy, jeune enfant du même âge mais qui n’a rien du freak qu’il est et ils vont nécessairement vivre une histoire d’amour quelque peu compliquée…
Fort heureusement pour lui, son père (excellent Jason Flemyng, malheureusement trop cantonné à des seconds rôles), rongé par les scrupules pour avoir jeté sa monstrueuse progéniture, lui lâche un héritage assez conséquent afin que ce bon vieux Ben n’ait pas trop à se fouler pour gagner sa croûte. Benjamin voyage, rencontre des gens et essaie de vivre son histoire avec Daisy malgré des destins croisés.
Tout ceci nous est conté par cette dernière, à l’article de la mort, à peu près dans le même état physique que Benjamin à la naissance, alors que Katrina arrive pour dévaster la Nouvelle-Orléans. Thrilling.
Par honnêteté intellectuelle, on est bien obligé de reconnaître que l’effort esthétique est un véritable travail d’orfèvre, que Fincher a réussi à créer une ambiance véritable, assez unique, et que les techniciens ont du cravacher sévèrement pour transformer Brad Pitt en gamin tout ridé. La question étant : comment avec autant de moyens et un réal’ aussi réputé le résultat peut être aussi lourdingue ?
On pourrait d’abord soulever le fait que le propos est tellement évident et lourd de sens (la vie, la mort…) qu’on se passerait volontiers de ces passages volontairement explicites. Personne ne sait ce que la vie nous réserve, certes. Au bout de vingt minutes, il devient relativement évident que ce serait le leitmotiv des deux heures qui suivent. Mais pourquoi insister dessus avec si peu de finesse ? Lorsque Daisy se fait renverser par un chauffard à Paris (salauds de Français !), les cinq minutes employées pour expliquer au spectateur ce qu’est l’effet papillon sont limites insultantes. « Mais que ce serait il passé si… ? » Heureusement que la voix-off de Brad Pitt est là pour l’expliquer au spectateur engourdi par une esthétique bien léchée. D’autant que l’effet papillon, quand il est évoqué de manière lourde, peut potentiellement rester intéressant quand il y a un vrai suspense, un véritable enjeu. Le résultat de ces cinq minutes est que Daisy… a une fracture de la jambe.
Il est vrai que Fincher et ses scénaristes ont décidé de se concentrer sur l’histoire entre Benjamin et sa nénette et que cet incident devait avoir des conséquences sur leur relation. Mais les protagonistes traversent tout le vingtième siècle. L’ouragan est là pour symboliser la fin d’un monde. De leur monde. Parce que très clairement, au-delà de Katrina, de Twist & Shout et autres détails visant à replacer l’intrigue dans le siècle tels Brad Pitt adoptant le style des grandes stars de chaque décennie (Cary Grant, James Dean, Steve McQueen…) le monde extérieur n’existe quasiment pas. C’est sans doute un parti pris de la part de Fincher pour isoler de manière plus sensible le couple-star du film. Mais ce qui peut passer pour un aspect romantique exacerbé de deux êtres pour qui le reste du monde compte pour du beurre est juste ici pénible tant la description de leur période « heureuse » est mielleuse. Seul l’ami Ricoré manque au tableau.
En comparaison, la rencontre à Mourmansk avec Tilda Swinton est magnifique, émouvante de finesse et fort malheureusement trop peu développée.
Dans la même veine, l’histoire entre les deux tourtereaux est tellement omniprésente que les conséquences de la maladie de Button sont au final mal développées. Si sa jeunesse est longuement décrite, telle une simple démonstration de l’immense talent des maquilleurs et des progrès considérable de la cosmétique numérique, la fin de sa vie est pliée vite fait bien fait en dix minutes. Et c’est bien dommage car une scène comme celle où l’on se rend compte que cet enfant de douze ans a maintenant Alzheimer annonçait une réflexion un peu plus poussée que la représentation d’une histoire d’amour typique de l’American Dream insouciant mais auquel on aurait rajouté un peu de pathos quand même parce qu’il faut bien émouvoir le spectateur lambda.
Brad Pitt est le dernier facteur pénible. Autant Cate Blanchette est fidèle à elle-même, Tilda Swinton superbe et les personnages secondaires sympathiques, autant Brad Pitt nous livre une prestation digne de Meet Joe Black, à savoir inexistante. Ce grand acteur est ici neutre, insipide, et on touche le fond quand il n’a plus besoin de maquillage. Le pari n’était pas trop risqué : avec Brad se posant simplement devant la caméra tout le monde allait scotcher. C’est parti pour une succession d’images plus foireuses les unes que les autres auxquelles manque juste une marque : Brad Pitt sur un bateau (Lacoste ou Ray-Ban), Brad Pitt sur une moto (Marlboro Classic), Brad Pitt sac au dos (American Express), Brad Pitt emménage (Ikéa)…
166 minutes regrettables car au grand potentiel, visuellement réussies mais à la fois fades et agaçantes.
Matthieu Buge

Pas d’accord ! N’aimant pourtant pas la niaiserie traditinnelle des comédies dramatiques américaines, il faut admettre que ce film est plaisant d’un bout à l’autre. Bande son agréable, superbe réalisation, acteurs convaincants. Emotion garantie (avis aux personnes sans coeur et sans reproche).