THIRST (Park Chan-Wook, 2009)

Thirst

Après le western-kimchi, voilà les Coréens qui se mettent au film de vampire bridé. Si les rumeurs populaires sur des êtres maléfiques se nourrissant du sang des autres se sont développées à peu près dans toutes les sociétés, force est de constater que c’est le monde occidental qui a le plus contribué à en faire des êtres mythiques, à la fois damnés et enviables, que ce soit par l’histoire (curieusement surtout chez les peuplades de Hongrie et d’Ex-Yougoslavie mais aussi un peu partout en Europe), par la littérature à partir du XVIIIème siècle (Ossenfelder, Goethe, Gautier, Hoffman, Tolstoï, Stoker…), ou encore par la suite par le cinéma, de Friedrich Murnau  et Carl Theodor Dreyer à Tony Scott et Neil Jordan en passant par Francis Ford Coppola et Werner Herzog. Certes les mondes du manga et de l’animation japonaise avaient approché la créature des ténèbres mais en en faisant plus souvent un véritable démon. C’est donc sans doute la première fois que ce fantasmagorique personnage est appréhendé et mis à l’écran par un extrême-oriental. Et avec le créateur d’Old Boy, on pouvait en attendre énormément !

Sang-Hyun (Song Kang-Ho) est un jeune prêtre qui passe une bonne partie de son temps à faire du bénévolat dans un hôpital. Il décide un jour de se porter volontaire pour une expérimentation médicale destinée à élaborer un vaccin contre le mortel virus « Emmanuel ». Evidemment, l’opération est un parfait échec, Sang-Hyun meurt du virus. Mais il est rapidement ramené à la vie par une transfusion apparemment banale.

Certes, il garde quelques séquelles, sa peau étant couverte de cloques salement répugnantes, mais la rumeur se répand que ce miraculé peut à son tour faire des miracles. Au beau milieu des misérables culs bénis qui se précipitent sur son chemin, il tombe sur la famille de son ami d’enfance Kang-Woo, hypocondriaque semi-débile choyé par sa petite mégère de mère.

Alors qu’il guérit doucement, Sang-Hyun commence à douter de plus en plus et à ressentir des pulsions véritablement animales. Invité à la partie de mah-jong hebdomadaire chez Kang-Woo, il tombe amoureux de la femme de ce dernier, Tae-Ju (Kim Ok-Bin), qui passe gaiement ses journées entre un mari attardé et une belle-mère esclavagiste. Sa foi vole donc en éclats alors que sa maladie reprend et que le seul moyen de l’arrêter est de satisfaire sa soif de sang humain. Et quand Tae-Ju réclame à Sang-Hyun et la tête de son débile de mari et de devenir elle aussi vampire, l’histoire tourne définitivement au drame.

Il est clair que Park Chan-Wook a fait l’original : son personnage est un prêtre bridé (ce qui n’est pas tellement étrange quand connaît le poids qu’a pu avoir la chrétienté au pays du matin calme par comparaison avec ses voisins extrêmes orientaux) ; c’est un vampire torturé, un peu comme Louis dans Entretien avec un Vampire mais il n’a pas de dents spécialement conçues pour son régime alimentaire ce qui fait qu’il tette des perfusions comme Louis allait sucer du rat ; et mettre sa condition sous l’angle de la maladie permettait de déconstruire un peu le mythe du vampire comme créature toute puissante des ténèbres. Ce n’était sans doute pas la première fois qu’on prenait comme protagoniste principal un prêtre pour le soumettre à des pulsions allant à l’encontre de toutes ses convictions premières, mais faire de ces pulsions des instincts fantasmagoriques et sanguinaires était un parti pris relativement original. Tout comme mêler, au bout d’une demi-heure, l’intrigue vampirisante à une adaptation de Thérèse Raquin d’Emile Zola relevait d’une certaine cocasserie scénaristique pouvant déboucher sur un résultat final haut en couleur. Et certaines scènes le sont, indéniablement, faisant alterner les moments comiques et les instants d’une intensité lyrique qui flirte en permanence avec le kitsch. Ainsi la balade-poursuite sur les toits, la réanimation de Tae-Ju par Sang-Hyun à grand renfort de violons et de pompage de sang, ou encore les apparitions saugrenues du fantôme de Kang-Woo sont de bien agréables moments.

Mais Park Chan-Wook déçoit. A vouloir aller dans tous les sens, il finit par n’en explorer réellement aucun et le spectateur ne sait plus trop quel genre de film il regarde. Cette confusion volontaire des genres, qui n’est au fond pas une mauvaise idée, vient se doubler d’un scénario curieusement bâclé et d’une image à la qualité étrangement aléatoire. Autant la partie reprenant Thérèse Raquin est plutôt linéaire et limpide, autant le début laisse véritablement perplexe tant les motivations de Sang-Hyun pour aller se faire inoculer cet étrange virus dans ce laboratoire louche sont incompréhensibles et les quelques rares mais intenses moments de lyrisme visuel sont malheureusement éclipsés par un montage quelque peu bancal. Mais le principal problème est sans doute lié au fait que le film dure 133 minutes et qu’on s’ennuie. Ce qui est bien surprenant venant de Park Chan-Wook. Reste les interprètes, Kim Ok-Bin étant à gifler, en parfait accord avec son personnage, et  Song Kang-Ho, magique, comme à son habitude.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Vendredi octobre 09 2009at 11:10 , filed under Ciné Bridé, Fausse Bonne idée / Plaisir Coupable and tagged , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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