2012 (Roland Emmerich, 2009)

Hmm...ça sent la pluie ça!

Hmm...ça sent la pluie ça!

Voilà un certain temps que Roland Emmerich n’était pas venu, tel un panzer pénétrant dans les Ardennes, projeter sur les toiles du monde entier l’étendue de son magistral talent de Generalfeldmarschall du grand spectacle bourrin à tendance apocalyptique.

En 2008, 10 000 était venu pourrir la vision que le monde entier se faisait de la préhistoire et il faut remonter à 2004 pour tomber sur Le Jour D’Après et les aspirations du sieur Emmerich à poser en prophète de l’apocalypse.

Après avoir surfé sur le tsunami du réchauffement climatique il y a cinq ans et avoir créé un buzz efficace autour de sites internet tels que celui du site officiel ou, pire, celui du complètement fictif « Institute for Human Continuity », Roland Emmerich se paye donc le délire de partir sur une validation des prophéties mayas selon lesquelles la fin du monde arriverait le 21 décembre 2012. Ceci dit, les Mayas ne sont qu’un prétexte efficace du à la proximité de la date fatidique. Car après les avoir évoqués très rapidement et brodé autour de l’effet « micro-onde » des neutrinos issus d’une éruption solaire sur le noyau terrestre – est-il utile de dire que ceci est scientifiquement complètement non-vérifié ? – Emmerich se lâche pour envoyer son pâté eschatologique.

Bon, la fin du monde arrive, c’est chose entendue ; mais les gouvernements du monde le cachent à l’humanité pour éviter toute panique. Ceux qui tentent de parler sont assassinés (on notera le magnifique clin d’œil à la théorie du complot sous le pont de l’Alma) et les grands de ce monde se préparent à l’échéance dans le plus grand secret et au grand dam du reste de l’humanité qui vit dans l’ignorance la plus complète.

Après Dennis Quaid dans Le Jour d’Après, Emmerich choisit un autre acteur archétypique de l’absence de charisme, John Cusack, pour interpréter Jackson Curtis, le pauvre type sans grande envergure qui va se révéler en sauvant ex-femme et enfants de cet enfer tectonique. Le but : rejoindre l’Himalaya où des néo-arches de Noé attendent le déchaînement des éléments. Depuis L.A, il faut bien l’avouer, ça n’est pas une mince affaire, mais, on s’en doute, Jackson Curtis arrivera coûte que coûte à sauver sa famille.

Evidemment, Emmerich sacrifie sur l’autel du grand spectacle toute vraisemblance scientifique, misant sur la simple formule qui veut que plus les images seront hallucinantes, plus le public gobera l’intégralité de ce nouveau trop long métrage sans poser de problème. Pour être à peu près honnête intellectuellement parlant, on doit bien admettre qu’anticiper toutes les conséquences scientifiques d’un tel cataclysme n’est pas vraiment le travail d’un cinéaste. Mais ceci ne justifie peut être pas pour autant le fait de mettre en scène des bouleversements naturels contradictoires et à l’intensité et la rapidité qui ne dupent personne. Qu’un continent dérive de 2500 Km en si peu de temps relève quelque peu de la mascarade. Que les divers gouvernements mondiaux réussissent à mettre en place des arches en acier trempé d’environ un kilomètre de long chacun en trois ans semble relativement improbable, tout comme le curieux principe d’avoir casé dans l’un d’eux à la fois des Chinois, des Japonais et des Russes, trois peuples qui sont copains comme cochons comme chacun sait.

Mais si on ne pouvait reprocher que cela à Emmerich, on pourrait passer outre et apprécier ce nouveau déferlement d’images rocambolesques qu’il nous propose. Le problème étant que 2012 pêche par moment même de ce point de vue : si des scènes telles que l’écrabouillement de la maison blanche par l’USS Kennedy sont fort amusantes, d’autres comme la course éperdue dans Los Angeles qui s’écroule ou la transformation de Yellow Stone en volcan sont à peu près aussi fascinantes qu’un bon jeu vidéo, à cette différence près que les manettes ne sont pas à portée de main pour que l’on puisse essayer de se divertir vraiment. Le scénario étant bien évidemment des plus vides, il n’y a qu’un pas pour passer de l’anesthésie numérique à l’ennui cinématographique.

Par ailleurs, si Le Jour d’Après jouait sur la thèse du réchauffement climatique et, même s’il demeure un film catastrophe, pouvait pousser à responsabiliser le public et leur faire prendre conscience de leur impact sur l’environnement. Ici, rien de tout cela : c’est l’apocalypse pour la race humaine qui se voit attribuer le même sort que les dinosaures. Impossible de prendre conscience de quoi que ce soit, à part du fait qu’on va tous y passer, bientôt, et de manière sacrément atroce. Au regard de la résurgence des rumeurs liées à la fin du monde quand les sociétés humaines sont en crise et du nombre de psychopathes qui croient au théorie apocalyptiques mayas sur la toile, on peut avoir peur de l’influence que pourrait avoir un film qui est un vrai tsunami au box-office et qui table sur un marketing viral aussi efficace que malhonnête. Mais compte tenu du nombre de personnes écroulées de rire dans la salle et aux applaudissements ironiques des spectateurs devant les exploits de John Cusack, on peut espérer que notre société tourne encore à peu près rond.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Lundi novembre 23 2009at 04:11 , filed under Ciné US$ and tagged . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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