CACHE (Michael Haneke, 2005) par ALMMDPVL

cache

Vu tout le mal entendu sur son Ruban blanc, autorisons-nous un  retour sur Caché, de Haneke. Un film hypnotisant, en dépit d’un rythme peu affolant et du tandem Binoche-Auteuil, pas si excitant.

Car derrière Caché ne se niche pas un thriller classique. C’est un film tout en tension, ancré dans ce qui pourrait relever de notre propre quotidien: qui ne serait pas angoissé par l’envoi de cassettes vidéos filmées pendant des heures autour de sa maison et de dessins ambigus? Est-ce une menace? Un avertissement? Une farce? Le message demeure flou, même si l’on devine vite le malaise de George Laurent, journaliste présentateur d’une émission littéraire, jumelle d’Apostrophes (ah tiens, on y entrevois Mazarine Pingeot!). Il est marié à Anne (Juliette Binoche), qui travaille chez un éditeur. Ils ont un fils de 12 ans, Pierrot et vivent à Paris, dans un quartier tranquille.

Un héros de plus en plus antipathique ce Georges Laurent. Abject, diront certains. Aisément pardonnable diraient d’autres. Ou juste humain au final… Dur de causer du message de ce film sans le spoiler.

Pour faire court, l’histoire du petit Georges âgé de 6 ans, que l’on découvre bout par bout le long du film, et son attitude, une fois adulte, nous questionne sur notre propre culpabilité et mémoire vis-à-vis de l’histoire. Car les actes dont il nie la responsabilité se sont déroulés dans un contexte douloureux: celui des manifestations en faveur de l’indépendance de l’Algérie, dont celle d’octobre, où une centaine de manifestants ont été massacrés par la police parisienne.

Un épisode dramatique dont les Français ont eux aussi nié longtemps la responsabilité. L’écho du malheur surgit aussi des yeux d’Annie Girardot, qui interprète la mère de Georges durant une (trop?) courte scène. La famille de Georges semble presque éclater, soumise à la pression de « simples » vidéos et des cachotteries du père. Anne Laurent sature des mystères que fait son mari, puisqu’elle interprète la honte et le silence de ce dernier comme un manque de confiance, donc d’amour. Et bien sûr, LA scène du film terrifiante grave le drame vécu par un certain Majid, anonyme de Romainville.

Hormis ce suspens mené d’une main de maître, la réflexion sur l’image de Haneke passionne: les vidéos tournées en plan fixe ou les plans fixes nous faisant croire au visionnage d’une nouvelle vidéo, le réalisateur s’amuse à perturber le spectateur, en quelque sorte pris en flagrant délit de voyeurisme. Certains y verront un clin d’oeil moqueur à la télé-réalité. Ou à la télé tout court.  Ajoutez à cela des scènes fugaces issues de la pensée de Georges ou bien encore un plan final élaboré et bien pensé, pourvoyeurs de clefs majeures de compréhension. Et vous obtenez une leçon incroyable de mise en scène.

Anne-Laure Pham

This entry was written by M."K".B , posted on Lundi novembre 16 2009at 10:11 , filed under Ciné Minorités and tagged . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>