VISAGE (Tsaï Ming Liang, 2009)

Casta + Lee + Du concentré de tomate. Si c'est pas sensuel ça?!

Casta + Lee + Du concentré de tomate. Si c'est pas sensuel ça?!

Avec des critiques aussi dithyrambiques que celle des très estimés Télérama et Inrockuptibles, on aurait pu être surpris en se retrouvant dans une salle aussi comble que cela :

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Mais quand on connaît un peu l’œuvre de Tsaï Ming Liang, on s’étonne moins. Le cinéaste taiwanais, qui, il faut bien le concéder, a développé dans ses films un univers bien à lui et des thématiques bien particulières de manière fine et originale est aussi un habitué des œuvres à l’aspect contemplatif un peu trop exacerbé et lénifiant.

Mais on se souvient avec un plaisir non feint de La Saveur de la Pastèque avec ses grands délires réjouissants et ces relations intéressantes entre deux véritables handicapés de la communication, preuve que Tsaï Ming Liang savait aussi divertir. D’une manière très particulière, certes, mais tout de même !

Cette fois ci, le taïwanais est peut être allé un peu loin dans la fantaisie intellectuelle, prenant la forme d’un hommage personnel à la Nouvelle Vague française qui l’avait bercé dans sa tendre jeunesse. On peut dors et déjà se demander comment les différents critiques pouvaient évoquer le synopsis du film avec une telle simplicité alors qu’il faut clairement avoir le dossier de presse sous les yeux pour en saisir le scénario.

Demandé par le musée du Louvre pour faire un film sur le mythe de Salomé, Tsaï Ming Liang met donc en scène Kang (Lee Kang-Sheng), un réalisateur taiwanais en charge du film au sein du prestigieux établissement – ou plutôt de ses entrailles tant on ne voit rien du musée mais tout de ses canalisations et de ses environs. Complètement dépassé par les évènements d’un tournage aux acteurs dont il ne comprend pas la langue et devant faire face à la mort de sa mère, Kang ne semble être à l’aise qu’au contact d’Antoine (Jean-Pierre Léaud), vieil acteur qui délire, et son homosexualité dissimulée le rend inconfortable au contact de Laetitia (Laetitia Casta), jeune beauté qui inspire. La production est menée à bout de bras par une Fanny Ardant qui va jusqu’à se rendre à Taiwan pour représenter le réalisateur aux obsèques de sa mère.

Il est tout à fait remarquable que les critiques aient évoqué de manière quasi-systématique la première scène du film : un autocuiseur, la mère de Kang qui cuisine puis Kang dans la même cuisine en train de lutter vainement avec un robinet devenu fou. Des situations originales, pleines de sens et filmées avec un certain détachement, Tsaï Ming Liang en met à tire-larigot dans ses films. Et, pour être tout à fait honnête, le début du film est assez prometteur. Entre un Lee Kang-Sheng génial, à l’innocence d’autant plus renforcée que son dépaysement le perd complètement, et des séquences magnifiques comme ces deux chansons où Casta chante en chinois sous la neige, avec un air badin des plus plaisants, et entame un tango, allongée lascivement sur un tourniquet, les vingt premières minutes laissaient entrevoir un film aussi délirant et amusant que celui sur la fameuse pastèque mais avec une fraîcheur renouvelée.

Mais très vite ces premières impressions retombent, telles les paupières du spectateur toutes les quarante-cinq secondes des deux heures qui vont suivre. Tout semble s’effondre lorsque Jean-Pierre Léaud, assis dans la nature avec Lee Kang-Sheng autour d’un moineau, se met à débiter en pointant du doigt l’oiseau des inepties du genre  « Titi ! Take it, it’s a gift. Titi… Orson Welles ! Carl…Theodor…Dreyer ! Murnau ! Titi !…. ». Dés lors, le semblant d’histoire disparaît derrière un trop pur symbolisme et l’absurdité vient trop souvent se mêler à la lenteur typique de certaines humeurs du cinéaste. Ce qui était plaisant dans les précédents films de Tsaï devient lassant, sans doute du fait de l’introduction d’un lyrisme qui vient un peu plus confondre les genres et créer la confusion. On a  rapidement l’impression de voir un spécimen de la Nouvelle Vague française qui aurait été croisé avec l’aspect contemplatif d’un Tsaï Ming Liang ou d’un Hou Hsiao Hsien. En ce sens, il faut bien l’admettre, son hommage n’est pas vraiment raté. Il en ressort une véritable œuvre personnelle dédiée à ceux qui l’ont fasciné durant sa jeunesse. Mais on passe ici d’un film à une œuvre quasi-abstraite où délire Jean-Pierre Léaud et où s’affiche Laetitia Casta de manière certes sublime mais peu consistante; où Fanny Ardant va et vient, semblant aussi perdu que son personnage de productrice ; où Jeanne Moreau  et Nathalie Baye viennent pointer le bout de leur nez dans une minuscule scène qui n’apporte rien à l’histoire ; où Mathieu Amalric fait une apparition fugace dans un bosquet (la fameuse partie louche des tuileries, probablement) le temps d’une brève fellation ; où l’on suit puis on perd un cerf, « Zizou », avant de le retrouver dans un jardin des Tuileries dépeuplé…

Tant de « visages » qui apparaissent, sans jamais véritablement accrocher.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Lundi novembre 16 2009at 06:11 , filed under Ciné Bridé and tagged , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

2 Responses to “VISAGE (Tsaï Ming Liang, 2009)”

  • BENJ dit :

    la photo qui illustre l’intro de ton post est énorme!!! et en dit long sur le décalage critiques/fréquentation.

    • M."K".B dit :

      Tout à fait. Et tu aurais vu l’état des trois spectateurs au bout de 25 minutes… c’était encore plus drôle.

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