IN THE LOOP (Armando Iannucci, 2009)

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Voilà bien longtemps que les grands écrans ne nous avaient pas fourni une comédie british bien bavarde et sacrément déjantée comme ils savent si bien le faire.

Iannucci et la BBC nous offrent ici une jolie et bien dramatique farce, spin-off de la série The Thick Of It qui relate avec beaucoup d’acidité les aventures du gouvernement britannique et en particulier celles de Malcolm Tucker (excellent Peter Capaldi) , « director of communications ». Dans ce long-métrage, les négociations à la fois musclées, cyniques et pathétiques entre services britanniques et américains où chacun tente de doubler les autres sans aucun scrupule est une guerre, une guerre complètement fictive, dont on ne comprendra jamais les enjeux mis à part le fait qu’elle est l’œuvre de lobbys obscurs et qu’elle se jouera, évidemment, au Moyen-Orient.

Tout commence avec une bourde de Simon Foster (Tom Hollander), « Secretary of State for International Development », qui, interviewé à la radio, dit malencontreusement que la guerre est « imprévisible ». Malencontreusement car Simon n’est pas du tout partisan de la guerre pour régler les éternels problèmes de la région en question ; il est juste foncièrement incompétent, malhabile et stupide. Les media sont paniqués, Malcolm Tucker ulcéré, et les pro-conflits aux Etats-Unis, ravis. Les choses empirent un peu plus lorsque Simon, dans toute sa nullité, tente de rétablir la barre en expliquant à la presse que : « to walk the road of peace, sometimes we need to be ready to climb the mountain of conflict ».

A partir de là s’enclenche une spirale infernale de manigances diverses et variées au sein desquelles Karen Clarke et le Général Miller (James Gandolfini), les ricains pacifistes, vont tout faire pour empêcher cette guerre, quitte à se faire aider par cette équipe de bras cassés british. Equipe qui ne veut pas perdre la face mais qui est elle-même en proie aux influences du belliciste Linton Warwick, sympathique personnage qui veut à tout prix créer une guerre complètement artificielle et qui, détail mineur mais quelque peu représentatif, dispose d’une grenade en tant que presse-papiers.

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Si on peut regretter un côté un peu dualiste à cette intrigue (les gentils pacifistes contre les méchants va-t’en-guerre), la présence de quelques longueurs qui viennent casser la frénésie générale et qu’on eut aimé que le cataclysme militaire soit juste une conséquence délirante de la bourde de départ et non l’objet d’une vraie intrigue qui confère à l’ensemble une véritable gravité, il faut bien admettre qu’In The Loop fait son petit effet.

La dimension quelque peu manichéenne de l’intrigue est joliment compensée, il faut bien l’admettre, par les excès et extravagances d’absolument tous les personnages, sans qu’un seul puisse rattraper les autres tant ils sont tous sournois, débiles, violents, fanatiques ou à côté de la plaque. En conséquence, la guerre devient le résultat de la stupidité d’êtres qui s’excitent comme des fous, rusent, trépignent, trahissent, sous une pression qui leur fait complètement oublier pourquoi et comment ils sont sensés bosser ou pour des intérêts qui leur font totalement perdre le sens des réalités.

In The Loop présente de manière absolument jubilatoire les hautes instances américaines et britanniques qui, sérieuses et austères dans l’imaginaire collectif, passent ici pour une grande famille dont les membres passent leur temps à se faire des coups bas bien mesquins ou à s’épauler de manière sincère mais éphémère dans un environnement où l’improvisation et le ridicule ont toute leur place. De ce point de vue, l’exposé que le général Miller fait de l’état des troupes à Karen Waren, planqués dans la chambre de la fille du président et à l’aide de la calculette musicale de cette dernière, est des plus jouissifs.

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"Twelve thousand troops. But that's not enough. That's the amount that are going to die. And at the end of a war you need some soldiers left, really, or else it looks like you've lost."

De même pour le traquenard dans lequel se retrouve l’ordurier Malcolm Tucker, pensant assister au « War Committee » et se voyant refourguer comme seul interlocuteur un gamin de 22 ans qui pense pouvoir sans problème dealer avec un représentant du gouvernement anglais.

Malcolm Tucker: I’m sorry, I don’t… This situation here is… Is this it? No offence, son, but you look like you should still be at school with your head down a fucking toilet.

A.J. Brown: Your first point there, the offence? I’m afraid I’m going to have to take it. Your second point, I’m 22, but item, it’s my birthday in nine days, so… if it will make you feel more comfortable, we could wait.
Malcolm Tucker: Don’t get sarcastic with me, son. We burned this tight-arsed city to the ground in 1814. And I’m all for doing it again, starting with you, you frat fuck. You get sarcastic with me again and I will stuff so much cotton wool down your fucking throat it’ll come out your arse like the tail on a Playboy bunny. I was led to believe I was attending the war committee.

Car les incartades faîtes au protocole sont monnaie courante dans ce grand cirque géopolitique, et la diarrhée verbale que déverse Malcolm Tucker sur chaque personnage tentant de s’opposer à lui sous couvert d’us et coutumes n’en devient que plus violente.

Sir Jonathan Tutt: Let me tell you the process here, Malcolm, and why that’s not possible…
Malcolm Tucker: Just fucking do it! Otherwise you’ll find yourself in some medieval war zone in the Caucasus with your arse in the air, trying to persuade a group of men in balaclavas that sustained sexual violence is not the fucking way forward!

Cette idée fort peu alléchante et un tant soit peu rustre de Malcolm Tucker est aussi un bel exemple des clichés que se font les anglo-saxons sur d’autres nations. Entre des Américains qui se pensent encore comme maîtres du monde, et qui pouvaient, il y a encore peu, dédaigner une bonne partie du reste de l’humanité dans leur démarches internationales et des Anglais qui galèrent pour ne pas perdre la face vis-à-vis de leur gigantesque cousin, on en arrive à une belle dose de stéréotypes et de mépris franchement hilarants. Ainsi le Caucase n’est qu’un lieu peuplé de barbares et la seule utilité que peuvent avoir les Japonais dans les arcanes de l’ONU est de posséder une imprimante ; néanmoins, ce type de sorties incroyables mais sans doute parfaitement présentes dans la bouche de diplomates en off concerne aussi leurs alliés occidentaux, comme le montre magnifiquement un ambassadeur anglais : « No, no, no, you needn’t worry about the Canadians, they’re just happy to be there…Yes, well, they always look surprised when they’re invited. » ou encore le général Miller : « This is the problem with civilians wanting to go to war. Once you’ve been there, once you’ve seen it, you never want to go again unless you absolutely fucking have to. It’s like France».

Portrait au vitriol des hautes sphères qui régissent le sort de la planète, pamphlet désopilant décriant les méthodes de prises de décisions internationales, In The Loop ressort à la fois comme une prodigieuse farce mais effraye aussi tant elle semble proche de la réalité, tant le clan Linton fait penser au clan Bush, tant le comportement anglais fait penser aux attitudes de Blair durant les préparatifs de la guerre en Irak et tant le retournement de veste du général Miller fait penser à celui de Colin Powell…

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Mardi décembre 01 2009at 01:12 , filed under Ciné US$ and tagged , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

One Response to “IN THE LOOP (Armando Iannucci, 2009)”

  • Larmo dit :

    Meilleure comédie des ces cinq dernières années. Les britanniques surpassent en la matière souvent les français et les américains. La série est à mourir de rire aussi. Autre série britannique conseillée : My Family.

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