GAINSBOURG (VIE HEROÏQUE) (un « conte » de Joann Sfar, 2009)

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Joann Sfar, personnalité bouillonnante, hallucinante de productivité et d’inventivité, s’est donc cinématographiquement attaqué au phénomène Gainsbourg/Gainsbarre, caractère foisonnant, protéiforme et mythique du panthéon artistique français. La rencontre de deux créateurs poids lourds. Sauf que l’un a déjà son statut de légende, ce qui rendait l’expérience de Sfar très périlleuse.

Les premières minutes du film surprennent. En bien. Hormis via l’utilisation du terme « conte » dans le sous titre, la campagne market’ s’était bien gardée de montrer que le Sfar avait encore puisé dans son imaginaire débordant pour représenter le jeune Lucien Ginsburg, son esprit caustique, son monde énigmatique, et la voie empruntée, fondamentalement esthétique.

Sfar invente des situations fantasques, fait surgir des personnages extravagants comme ce chat quelque peu disert qui introduit Serge chez Juliette Greco, ou comme cette «Gueule », grand échalas, pantin désarticulé qui apparaît à la fois comme un double du chanteur et comme son compagnon, tel le manager d’une destinée tragique. Boris Vian, campé par Philippe Katherine, est réjouissant, tout comme l’apparition des Frères Jacques, hautement drolatique. Et puis… il y a ces acteurs : l’interprétation d’Elmosnino dans le rôle titre est relativement stupéfiante et celle de Casta en Bardot-la-cruche assez étonnante. Autant d’aspects auxquels on ne s’attendait pas et qui enchantent.

Mais la féerie de Sfar, si elle séduit de manière époustouflante au départ, s’épuise au fur et à mesure, jusqu’à quasiment disparaître quand Gainsbourg devient Gainsbarre. Ce qui pourrait être pris comme la métaphore d’une désillusion, de l’avènement du désenchantement absolu, dévoile en fait que Gainsbourg (Vie Héroïque) est si peu scénarisé qu’il devient un série de petites scénes sans véritable lien et de plans certes beaux mais sans grand intérêt ni narratif ni symbolique. Gainsbourg voit Jane Birkin s’en aller, il est triste, puis Gainsbourg a une aventure avec Bamboo et cinq minutes plus tard un enfant avec elle, avant d’enregistrer rapidement sa version reggae de la Marseillaise et que le générique de fin se mette en marche. L’évolution de Gainsbourg devient peu palpable, tout comme le propos de Sfar, et les 130 minutes que dure ce film commencent à se faire malheureusement sentir. L’absence de nombreux titres splendides de la discographie de Gainsbourg est sans doute une autre déception, surtout après le duo Greco/Gainsbourg sur Javanaise qui laissait espérer une magnifique B.O.

Peut-être Joann Sfar a-t-il eu tort de se mesurer à un tel monstre pour faire son premier film. Peut-être aurait il du faire un premier film plus complet sur Gainsbourg et, le succès aidant, scénariser un vrai projet sur Gainsbarre. Ou peut-être doit on juste partir du principe que Gainsbourg (Vie Héroïque) est un rêve de Sfar qu’il a eu l’incroyable chance de pouvoir porter à l’écran et que, à l’aune de la qualité moyenne des premiers films, Sfar reste tout de même un créateur épatant.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Lundi janvier 25 2010at 05:01 , filed under Ciné Paté and tagged , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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