A SERIOUS MAN (Joel & Ethan Coen, 2009)

A Tedious Man...

A Tedious Man...

« A Serious Man » serait, paraît-il, un des meilleurs films des frères Coen : parce que c’est leur film le plus profond – d’aucuns emploient même le terme « métaphysique », parce qu’il est très autobiographique donc très personnel, parce qu’il est plus sérieux tout en gardant cet humour et cette atmosphère qui n’appartiennent qu’à eux…

Larry Gopnik (Michael Stuhlbarg) est l’exemple type du pékin moyen américain. Prof de physique dans les années 1960 à Minneapolis, il vit entre son université et son pavillon standardisé de banlieue aseptisée où évoluent son acariâtre de femme, sa dysmorphophobe de fille, son petit branleur de fils et son semi-débile de frère. Son existence tout à fait banale commence à prendre une tournure sacrément dramatique : un des ses étudiants (un vilain bridé) commence à lui offrir des pots-de-vin pour obtenir de meilleures notes et en rentrant chez lui sa femme lui annonce qu’il est temps de penser au divorce puisqu’elle veut vivre avec un type vachement plus chic : Sy Ableman, ami de la famille plein d’empathie vis-à-vis de ce pauvre Larry.

Ce dernier tente donc de trouver un équilibre et un sens à sa vie au milieu de tout cela, à grand renfort de conseils rabbiniques et en faisant tout pour être « a serious man ».

Les frères Coen ont pris cette habitude de tout bâtir autour de personnages qui n’ont pas grand-chose de reluisant, et, de ce point de vue, on ne peut pas dire qu’ils aient franchement dévié. Larry est un type bien médiocre et tous les autres rivalisent soit en stupidité soit en méchanceté. Mais malheureusement ces personnages ne sont ni aussi outrés ni aussi humains (ou peut-être le sont ils trop ?) que dans leurs précédents films. Aucun protagoniste n’a l’extravagance hilarante d’un Walter Sobchak du Big Lebowsky, aucun rôle n’a un tant soit peu l’humanité d’une Frances McDormand de Fargo. Larry lui-même, dans sa passivité, n’est pas du tout mais alors vraiment pas du tout drôle ou touchant. Il n’est que pathétique. Sa femme veut divorcer ? C’est son nouveau compagnon Sy qui prendra toutes les décisions pour Larry. Sy meurt et on découvre qu’il était fauché ? Larry va devoir prendre à charge ses funérailles. Larry se pose des questions ? Autant trouver la réponse chez un rabbin qui ne lui sera aussi utile qu’un mauvais psy, c’est tellement plus facile !

On pourra rétorquer que Larry est un serious man, un type bien, un homme bon qui se laisse dépasser par les évènements. Mais ce côté Jésus je-tends-la-joue-gauche-après-avoir-pris-sur-la-droite, quelque peu ironique au demeurant, devient rapidement exaspérant et les frères Coen ne semblent pas avoir la moindre empathie pour leur personnage. Il faudra attendre la cent quatrième minute pour arriver au paroxysme de ce traitement honteux que les Coen infligent à ce pauvre Larry : alors que les choses semblent aller mieux, que Larry semble remonter la pente, autant faire en sorte qu’une tornade arrive sur la ville et qu’il apprenne que finalement si, il l’a son cancer.

Malgré de bons acteurs, de bonnes idées, les Coen nous fournissent un film terne, à l’image même pas belle et au propos déprimant. Si c’est une œuvre autobiographique, les Coen sont très à plaindre d’avoir évolué dans un cadre pareil. Mais c’est peut être bien parce qu’ils se sont penchés sur un sujet très « personnel » qu’ils ont perdu le recul et l’absurdité qui faisait le charme et l’intelligence de leurs précédents films.

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Vendredi février 05 2010at 09:02 , filed under Ciné US$ and tagged , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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