GODZILLA Vs. MECHAGODZILLA contre GODZILLA Vs. DESTOROYAH

Le packaging du coffret était des plus alléchants. « Godzilla refait surface ! » disait la jaquette. Après tant de déceptions cinématographiques ces derniers temps, une petite séance de Kaïju Eiga (comprendre « les films de bêtes tlès tlès mystélieuses ») ne pouvait pas vraiment être une désillusion.
Deux films de Tomoyuki Tanaka, producteur et créateur de toute la saga Godzilla: Godzilla Vs. Mechagodzilla et Godzilla Vs Destoroyah ; aucun réalisateur attaché aux films mais, du moins, l’éditeur a pris le soin d’en indiquer l’essentiel : ces deux nipponeries sont millésimées 1974 et 1995.
Une vingtaine d’année d’écart pour parler de la même et éternelle bestiole. Deux décennies, et pourtant une certaine ressemblance, que ce soit dans le traitement de ces deux fantastiques histoires ou dans la médiocrité visuelle de leurs effets spéciaux.

En effet, force est de constater qu’il se dégage un charme incroyable de ces ridicules voitures-jouets, de ces immeubles en carton, de ces bestioles en caoutchouc et de ces effets pyrotechniques aussi convaincants qu’Orlando Bloom en elfe.
Que les nippons, maîtres incontestés de la technologie geek, aient cet inexpugnable besoin de faire des produits aussi désuets en matière de « tokusatsu » (littéralement, « effets spéciaux ») laisse tout de même un peu pantois. Trois ans après le premier, ce gros malin de Georges Lucas lançait La Guerre des Etoiles et trois ans après le second, ce gros lourd de Roland Emmerich faisait son propre Godzilla à grand renfort d’images de synthèse. Et pendant ce temps, les sympathiques Japonais font encore preuve de leur amour pour les traditions en utilisant le « suitmation », technique venue du théâtre consistant à utiliser un acteur dans un costume pour matérialiser le monstre.
Mais l’aspect particulièrement grotesque de ces deux versions du lézard sous stéroïdes (le premier étant aussi terrifiant que Denver qui aurait fumé un gros pétard, le second étant en pleine fission nucléaire – sic) n’est pas l’unique facteur contribuant à faire de ce coffret un magnifique outil de lavage de cerveau de fin de semaine.
Le nanar japonais est comme tous les nanars : il s’évertue à essayer de nous faire entrer dans un scénario bidon, parfaitement improbable évidemment, mais dont le caractère bancale se fait généralement un peu plus prononcé grâce à une mise en scène honteuse et à une interprétation à la limite du supportable. Seulement voilà, le nanar japonais dispose d’un trait supplémentaire qui vient bonifier l’ensemble : l’exotisme des traditions et croyances locales. Et si, selon des spécialistes du Kaïju Eiga, ces deux opus sont loin d’être les plus mauvais, il convient quand même de se pencher de manière un peu plus précise sur eux.

Le court synopsis que présente la jaquette pour le premier, option Mechagodzilla : « Une prêtresse de la famille royale a une vision terrible d’un monstre venant pour détruire la terre. Simultanément, une caverne est découverte sur un chantier en construction… ».
L’éditeur français du DVD est soit un fieffé cachottier qui pensait que l’intégralité du synopsis découragerait le client potentiel, soit un amoureux fou du cinéma qui voulait lui laisser la surprise de l’intégralité du scénario. Car après quelques zooms écoeurants, on comprend rapidement que l’apparition du Mechagodzilla est liée à une invasion d’extraterrestres simiesques, habilement dissimulés derrière une apparence nippone. Fort heureusement, les humains étant des mécréants, même les héros ne pourront pas faire grand-chose et c’est le King Shissa (ou King Seezer, c’est selon), créature mythologique accompagnée du Godzilla bio, le vrai, le seul, qui finiront par mettre sa raclée au Mechagodzilla.

Si ce premier film a une dimension « traditionnelle » puisque le scénario évoque de manière pitoyable un certain nombre de mythes et prophéties, le second se veut beaucoup plus ambitieux à la fois dans sa tentative d’explication scientifique et dans son propos où l’on voit poindre un peu d’écologie tendance auto-flagellation dont savent si bien faire preuve les Japonais.
L’éditeur annonce : « Godzilla refait surface, flamboyant et rougeoyant. Il attaque Hong Kong, détruisant tout sur son chemin… ». Cette fois, l’éditeur a dissimulé, pour le suspens sans doute, les faits suivants :
- Godzilla à un corps en pleine fission nucléaire (conséquence de l’activité atomique humaine) et il risque d’exploser entraînant ainsi la disparition de la terre entière.
- Son fils (oui, Godzilla est papa), lui, est normal, mais on l’a perdu de vue
- D’autres monstres, à la fois proche du crabe et de l’Alien de Ridley Scott, arrivent dans le Pacifique (conséquence d’un autre et parfaitement incompréhensible outil scientifique : le « destructeur d’oxygène ») et, quand ils se combinent, forment Destoroyah, un kaïju bien plus gros que le traditionnel Godzilla.
Evidemment, face à de telles menaces, les autorités ne trouvent pas de meilleure solution que d’avoir recours à l’aide d’un ado expert en matière godzillo-génétique… Mais bien entendu, quand le sort de la planète est en jeu, certains protagonistes s’opposent, se chamaillent, tergiversent autour de la solution pour laquelle opter : doit on congeler Godzilla pour éviter qu’il n’explose ? Le destructeur d’oxygène peut-il être utilisé à bon escient ? Et si on faisait venir le Godzilla à 1200°C dans Tokyo pour qu’il vienne se battre directement avec Destoroyah au milieu des immeubles ? Tant de questions qui mènent à des dialogues incroyablement forts et sensés : sur un bateau, la journaliste a un vif débat impliquant la disparition de la terre entière avec le scientifique qui a inventé le « destructeur d’oxygène ». La conclusion de cette joute dialectico-scientifique ?
- Elle : « Vous me semblez tellement romantique ! »
- Lui : « Peut-être, mais je ne suis pas un apprenti sorcier ! »
Et, comme si tout cela n’était pas suffisant, la dialectique de la médiocrité dans laquelle se trouvent les acteurs se voit largement soulignée par le fait que toute la bande son est en anglais. Les dialogues n’en sont que plus mauvais et le pilote de l’armée nippone s’écriant « Ok, let’s freeze this overgrown lezard. This is gonna make my day! » finit d’achever le spectateur.

Mais il faut bien admettre que pour réellement apprécier ce dernier épisode du gros lézard bridé, il faut avoir une sacrée culture en matière de Kaïju Eiga. Les références à tout l’univers de Godzilla sont multiples et cela demande une véritable expertise qu’il faudra trouver ailleurs. On notera seulement la présence surprenante mais pas tout à fait incongrue de Shimura Takashi sur une photo. Cet acteur fétiche de Kurosawa avait en effet joué dans le Godzilla de 1954 par Honda Ishiro. Et pour un film pareil, avoir un acteur pareil, même en images d’archives, c’est sacrément la classe.
Il y a quelque chose d’intéressant dans le fait que les différents épisodes de Godzilla soient généralement considérés comme des gros nanars mais qu’en même temps, il y ait à leur égard un respect un peu plus prononcé de la part du public que pour des types comme Ed Wood, qui, dans le fond, jouait sur un terrain assez proche. Peut-être tout simplement est ce parce que ces produits sont Japonais, ce qui implique d’essayer de prendre du recul « parce que le Japon, c’est quand même une culture très particulière ». Mais cette assertion, parfaitement convenue, n’est pas totalement fausse quand on constate que le personnage de Godzilla n’aurait pas pu naître ailleurs qu’au Japon et que les thématiques nucléaires, écologiques, apocalyptiques… sont de éléments récurrents de l’audiovisuel japonais.
Matthieu Buge
En Bonus: le magnifique trailer
