BREATHLESS – DDONGPARI (Yang Ik-Jun, 2009)

Shibaaaal!!!!

Shibaaaal!!!!

En produisant, écrivant et réalisant ce premier film tout en en interprétant le personnage principal, Yang Ik-Jun laisse penser qu’un nouveau prodige du cinéma coréen est né.

Dans la masse des films extrême-orientaux, l’histoire pouvait pourtant sembler affreusement banale. Le sombre Sang-Hoon (Yang Ik-Jun lui-même) travaille avec le « sympathique » Man-Sik en tant que recouvreurs de dettes. Si Man-Sik s’occupe de l’arrière boutique, Sang-Hoon, lui, est plus un homme de terrain et passe donc la quasi-intégralité de ses journées à insulter et frapper des gens. Qu’il s’agisse de débiteurs ou de ses propres hommes, peu importe pour ce Sang-Hoon qui distribue les claques à tour de bras afin de régler les affaires rapidement et d’exorciser une incroyable violence intérieure. La violence familiale dans laquelle il a grandi est certainement pour beaucoup dans la psychologie de cet individu a priori irrécupérable. Pourtant, la rencontre fortuite avec une forte tête de lycéenne qui lui tient tête – pour la simple et bonne raison qu’elle aussi en a vu des vertes et des pas mûres dans son cercle familiale – va remettre en question tout le système dans lequel il s’est enfermé. Sang-Hoon met un premier pas malhabile sur le chemin de la rédemption… qui se terminera comme une impasse.

breathless2

La première scène, durant laquelle Sang-Hoon vient coller une trempe à un type qui martyrise une pauvre fille, avant de gifler cette dernière parce qu’elle se laisse faire, place immédiatement le spectateur dans cette ambiance fiévreuse qui perdure après les 130 minutes qui font ce film. Esthétique limitée, camera à l’épaule… tout est fait pour donner à la violence de Breathless le réalisme le plus dur. Certes, rien ne semble bien innovant ici et le schéma voyou irrécupérable/rédemption est un classique du cinéma. Mais, en écrivant ce film en 23 jours et en jouant son personnage avec une telle intensité, Yang Ik-Jun a réalisé ici une œuvre profondément personnelle, bien loin des films classiques de yakusa et autres triades ou même du brillant A Bittersweet Life.

La violence n’a ici rien de séduisant. Elle est écoeurante, permanente, systématique. Et pourtant, quelle empathie naît naturellement chez le spectateur pour ces personnages ! Car malgré les apparences il n’y a ici rien de gratuit. Yang s’attache à montrer comment la violence se transmet de manière inéluctable, du cercle familial vers la société et réciproquement. Sang-Hoon n’est sans doute pas excusable à cause de son passé, mais on en vient à comprendre la logique bancale de cet énergumène qui, à certains égards, pourrait faire penser à l’individu semi autiste qu’a fréquemment campé Kitano dans ses films (la relation qu’il entretient avec son neveu n’est pas sans rappeler celle de Kitano avec le petit Kikujiro, par exemple). Sang-hoon et la lycéenne, individus que la vie n’a pas franchement gâtés, finissent par se rapprocher « grâce » à des blessures personnelles similaires, créant une sorte de fraternité latente et d’accord tacite entre les deux.

Le film de Yang affiche une humanité sans pareil, sans doute parce qu’on en vient à aimer ce voyou. Car malgré tous ces pauvres gens qu’il persécute, il est lui-même une victime. Une victime qui, contrairement aux autres, ne peut avoir recours à personne d’autre qu’à elle-même pour se sauver. Et une fois sur le chemin de la rédemption, sur la voie du salut, il est trop tard : Sang-Hoon se fait rattraper par cette violence qui l’a créé et que lui-même a propagée.

Matthieu Buge

PS : Difficile de parler plus longuement d’un film qui est la première œuvre cinématographique à avoir fait pleurer l’auteur de ces lignes…

This entry was written by M."K".B , posted on Lundi avril 19 2010at 01:04 , filed under Ciné Bridé, Coup D'Génie / Prodige Contestable and tagged , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>