TOUS CEUX QUI SE SONT FAIT PORTER PALME

TimBurton_Cannes

Pour faire un peu d’histoire :

La Palme d’Or est donc la plus fameuse des récompenses du plus fameux des festivals de cinéma internationaux. Moins prestigieux aux yeux du grand public que les oscars américains peut-être, mais le festival de Cannes reste l’évènement strass & paillettes le plus médiatisé au monde.

Tout ça parce qu’un beau jour, les Français eurent la bonne idée de dire que, quand même, un festival dans la Venise fasciste de l’époque ça n’était pas très correct ! Et quand on se targue d’avoir les frères Lumière hexagonaux à l’origine du septième art, il semble hors de question de laisser une bande d’Italiens à l’air borné dire quelles bobines méritent un prix. Soutenus par les Anglo-Saxons, les Français fondent le festival de Cannes, après avoir longtemps tergiversé quant à la ville où se dérouleraient de ces réjouissances. Ils avaient pensé à Vichy pendant un temps, puis se sont tournés vers Cannes, et, la seconde guerre et Pétain étant passés par là… c’est en 1946 que le véritable festival est lancé.

Les Français aimant la polémique, il était évident que Cannes deviendrait un haut lieu de la controverse cinématographique et de l’imprévu organisationnel. D’où son annulation certaines années, pour des « raisons budgétaires » en 48 et 50, ou à cause de l’ingérence de drôles de troublions intellectuels en 1968, ou encore perturbé par le mémorable discours de Sophie Marceau en 1999… par exemple.

Cannes-1968

Mais la véritable controverse porte tout de même de manière récurrente sur les jurys et leurs choix. Le festival est tantôt taxé de grande foire bling-bling commerciale, tantôt d’institution pédante tant les films primés peuvent être difficiles d’accès, tantôt de scène politique, comme lors de la remise de la palme à Michael Moore pour son Fahrenheit 9/11… C’est pourquoi, même si le succès très relatif de la plupart des films auprès du grand public prête à sourire, il faut toujours avoir en tête que Cannes se concentre sur des exclusivités internationales tandis que les oscars californiens récompensent des films américains qui, eux, ont fait leurs preuves au box-office.

Néanmoins, il est certain que bon nombre de cinéastes universellement reconnus n’ont jamais été primés par les jurys cannois. Ainsi : Hitchcock, Bergman, Kubrick, Tarkovski, Eastwood, Spielberg, Ray, Leone, Sautet, Tavernier, Truffaut, Resnais, Almodovar… n’ont jamais été gratifiés de la récompense suprême hexagonale, tandis que certains réalisateurs pourtant disparus de la mémoire du grand public (Sjöberg, Anand, Kinugasa, Colpi, Lester, Lakhdar-Hamina…) ont eu le droit à ce sacre.

Les jurys cannois ont par ailleurs joliment ignoré des succès tels que Un Américain à Paris de Minnelli (51), Hiroshima mon amour de Resnais (59), La Peau douce de Truffaut (64), Monsieur Klein de Losey (76), Une journée particulière de Scola (77), Trois Couleurs : Rouge de Kieślowski (94), Mystic River de Clint Eastwood (03) ou encore No Country for Old Men des Coen (07)… et il est hautement probable qu’environ 2% de la population se souviennent de films tels que Le knack ou comment l’avoir, Quand passent les cigognes (très bon film au demeurant), L’arbre aux sabots, etc…

Loin de nous l’idée de déplorer le fait que Cannes ne soit pas en harmonie avec le public. Pour être tout à fait honnête, il faut bien admettre que ces pages font tout de même l’éloge de certains films relativement confidentiels en regrettant que le pékin moyen préfère aller voir un Harry Potter 27 ou une énième Große Katastrophe de Roland Emmerich qu’un Soleil trompeur ou un Yi Yi. On se réjouit donc quand même un peu de la capacité de Cannes à faire découvrir des films et des cinéastes (même si des rumeurs veulent que Loach ou Leigh aient une seconde palme cette année). Mais, évidemment, la différence entre le prestige de cette récompense et le succès au box-office prête à sourire et on peut penser que certains distributeurs, s’ils n’ont pas eu envie de se jeter sous un bus, ont du faire preuve de beaucoup d’humour face aux fours commerciaux que certains films ont pu être. Un film loué par la critique et méprisé par le public est soit une œuvre trop pointue et faisant appel à une culture spécifique, soit un produit très mal vendu par celui qui l’exploite. Dans les deux cas, le distributeur fait une erreur de jugement…

Pour donner une idée du nombre de films primés qui ont marché, on prendra comme indice le simple fait qu’ils aient dépassé le million de spectateurs en France. Cela n’implique pas du tout que le distributeur et le producteur aient gagné un kopeck sur le dos du film, mais au moins c’est un indice qui donne une vague idée de leur notoriété.

Ces derniers sont en gras dans la liste ci-dessous :

1946        ex æquo L’Épreuve (Tourments), Alf Sjöberg, Suède

ex æquo Le Poison, Billy Wilder, États-Unis

ex æquo La terre sera rouge, Bodil Ipsen & Lau Lauritzen Jr, Danemark

ex æquo La Ville basse, Chetan Anand, Inde

ex æquo Brève Rencontre, David Lean, Royaume-Uni

ex æquo Maria Candelaria, Emilio Fernández, Mexique

ex æquo Le Tournant décisif, Fridrikh Ermler, URSS

ex æquo La Symphonie pastorale, Jean Delannoy, France

ex æquo La Dernière Chance, Leopold Lindtberg, Suisse

ex æquo Les Hommes sans ailes, Frantisek Cáp, Tchécoslovaquie

ex æquo Rome, ville ouverte, Roberto Rossellini, Italie

1947        non décerné

1948        pas de festival cette année

1949      Le Troisième Homme, Carol Reed, Royaume-Uni

1950        pas de festival cette année

1951        ex æquo Mademoiselle Julie, Alf Sjöberg, Suède

ex æquo Miracle à Milan, Vittorio De Sica,    Italie

1952        ex æquo Othello, Orson Welles, Maroc

ex æquo Deux sous d’espoir, Renato Castellani, Italie

1953      Le Salaire de la peur, Henri-Georges Clouzot, France

1954        La Porte de l’enfer, Teinosuke Kinugasa, Japon

1955        Marty, Delbert Mann, États-Unis

1956      Le Monde du silence, Jacques-Yves Cousteau & Louis Malle, France

1957        La Loi du Seigneur, William Wyler, États-Unis

1958      Quand passent les cigognes, Mikhaïl Kalatozov, URSS

1959        Orfeu Negro, Marcel Camus, France

1960      La Dolce Vita, Federico Fellini, Italie

1961        ex æquo Une aussi longue absence, Henri Colpi, France

ex æquo Viridiana, Luis Buñuel, Espagne

1962        La Parole donnée, Anselmo Duarte, Brésil

1963      Le Guépard, Luchino Visconti, Italie

1964        Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy, France

1965        Le Knack… et comment l’avoir, Richard Lester, Royaume-Uni

1966      ex æquo Un homme et une femme, Claude Lelouch, France

ex æquo Ces messieurs dames, Pietro Germi, Italie

1967        Blow-Up, Michelangelo Antonioni, Italie

1968        Interrompu par les rigolos de mai 68.

1969        If…, Lindsay Anderson, Royaume-Uni

1970      M*A*S*H, Robert Altman, États-Unis

1971        Le Messager, Joseph Losey, Royaume-Uni

1972        ex æquo La classe ouvrière va au paradis, Elio Petri, Italie

ex æquo L’Affaire Mattei, Francesco Rosi, Italie

1973        ex æquo La Méprise, Alan Bridges, Royaume-Uni

ex æquo L’Épouvantail, Jerry Schatzberg, États-Unis

1974        Conversation secrète, Francis Ford Coppola, États-Unis

1975        Chronique des années de braise, Mohammed Lakhdar-Hamina, Algérie

1976        Taxi Driver, Martin Scorsese, États-Unis

1977        Padre Padrone, Paolo et Vittorio Taviani, Italie

1978        L’Arbre aux sabots, Ermanno Olmi, Italie

1979      ex æquo Apocalypse Now, Francis Ford Coppola, États-Unis

ex æquo Le Tambour,         Volker Schlöndorff, RFA

1980        ex æquo Que le spectacle commence, Bob Fosse, États-Unis

ex æquo Kagemusha, l’ombre du guerrier, Akira Kurosawa, Japon

1981        L’Homme de fer, Andrzej Wajda, Pologne

1982        ex æquo Porté disparu, Costa-Gavras, États-Unis

ex æquo Yol, la permission, Yılmaz Güney et Şerif Gören, Turquie

1983        La Ballade de Narayama, Shōhei Imamura, Japon

1984        Paris, Texas, Wim Wenders, RFA

1985        Papa est en voyage d’affaires, Emir Kusturica, Yougoslavie

1986        The Mission, Roland Joffé, Royaume-Uni

1987        Sous le soleil de Satan, Maurice Pialat, France

1988        Pelle le conquérant, Bille August, Danemark

1989        Sexe, mensonges et vidéo, Steven Soderbergh, États-Unis

1990        Sailor et Lula, David Lynch, États-Unis

1991        Barton Fink, Joel Coen, États-Unis

1992        Les Meilleures Intentions, Bille August, Danemark

1993 ex æquo Adieu ma concubine, Chen Kaige, Chine

ex æquo La Leçon de piano, Jane Campion, Nouvelle-Zélande

1994      Pulp Fiction, Quentin Tarantino, États-Unis

1995        Underground, Emir Kusturica, Serbie

1996        Secrets et Mensonges, Mike Leigh, Royaume-Uni

1997        ex æquo Le Goût de la cerise, Abbas Kiarostami, Iran

ex æquo L’Anguille, Shōhei Imamura, Japon

1998        L’Éternité et Un Jour, Theo Angelopoulos, Grèce

1999        Rosetta, Luc et Jean-Pierre Dardenne, Belgique

2000        Dancer in the Dark, Lars von Trier, Danemark

2001        La Chambre du fils, Nanni Moretti, Italie

2002      Le Pianiste, Roman Polanski, Pologne

2003        Elephant, Gus Van Sant, États-Unis

2004      Fahrenheit 9/11, Michael Moore, États-Unis

2005        L’Enfant, Luc & Jean-Pierre Dardenne, Belgique

2006        Le vent se lève, Ken Loach, Royaume-Uni

2007        4 Mois, 3 semaines, 2 jours, Cristian Mungiu, Roumanie

2008      Entre les murs, Laurent Cantet, France

2009        Le Ruban blanc, Michael Haneke, Autriche

Et 2010… ?? (d’un point de vue tout à fait personnel, on aimerait bien que Mikhalkov gagne – même s’il est capable de ne pas se déplacer pour ça – mais surtout….pas Loach, pas Loach, pas Loach, pas Loach !!!)

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Vendredi mai 21 2010at 02:05 , filed under Bazar and tagged , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>