SUMMER WARS (Hosada Mamoru, 2009)

Summer Wars commence avec la présentation/réclame pour un univers virtuel, OZ, sorte de SecondFaceBookLife poussé à son paroxysme, qui a réussi à attirer la majeur partie de la population du globe terrestre et via lequel fonctionne aussi désormais une bonne partie du monde capitaliste et administratif. Ce monde virtuel complexe et rempli de kawaiieries comme seuls les Japonais savent les imaginer (le monde de OZ rappelle d’ailleurs beaucoup le style Murakami) ayant été évoqué, Hosada nous fait revenir dans le « monde réel ».
Kenji est un de ces personnages de l’univers audiovisuel nippon que nous commençons à bien connaître : jeune ado et gentil geek, au cerveau fait pour une idylle avec l’informatique et les mathématiques et aux réactions trahissant la timidité et la maladresse sociale. Evidemment, un beau jour, la plus chic fille du lycée, Natsuki, vient lui demander un service : qu’il l’accompagne le temps d’un week-end pour célébrer dans la plus pure tradition l’anniversaire de sa vénérable grand-mère. Aurait-il pu imaginer que Natsuki allait le faire passer pour son fiancé devant toute la famille ? Pour Kenji, le chaos ne fait que commencer.
Pendant la nuit, il reçoit un étrange problème mathématique, en trouve la solution et envoie cette dernière au mystérieux correspondant. Et c’est le lendemain qu’il se rend compte qu’en répondant à ce qu’il pensait être un simple énigme pour geek, il a participé à livrer les clés de OZ à une intelligence artificielle qui, dès lors, sème la terreur dans le monde virtuel et, ipso facto, le chaos dans le monde réel.
Certes, convenons-en, racontée comme ça, rapidement, cette nouvelle histoire bridée a tout du scénario exclusivement destiné aux geeks. Mais, bonne surprise, Satoko Okudera, le scénariste, a eu l’intelligence et le talent suffisants pour en faire une simple histoire de progrès technologique qui se détraque, accessible à tous, et même beaucoup plus compréhensible que d’autres géniales nipponeries comme Paprika ou Ghost In The Shell.
Summer Wars n’est pas moins fascinant qu’un bon Miyazaki, dont on aurait simplement enlevé les esprits de la forêt et la thématique purement écolo pour les remplacer par des circuits imprimés kawaii et une dénonciation des dérives de la technologie.
Divertissant à souhait avec un rythme soutenu et son humour naïf mais efficace, porté par une musique aussi puissante que d’habitude, prodigieusement animé selon des techniques tout ce qu’il y a de plus classiques, et porteur d’un véritable discours sur l’évolution de la société nippone (famille traditionnelle versus la technologie déshumanisante pour faire bref), Summer Wars est réjouissant. En tant qu’œuvre audiovisuelle bien sûr, mais aussi parce que ce film confirme que la créativité japonaise est loin de s’être essoufflée et parce qu’enfin un autre artiste peut se permettre de rivaliser avec le magicien Miyazaki.
On notera cependant que Summer Wars est un nouvel exemple du fait que les Japonais, dès lors qu’ils s’engagent un tant soit peu dans la voie du récit d’anticipation, font foncièrement dans le pessimisme. Même si l’ensemble donne le sourire, que la « happy end » de rigueur peut donner une impression d’optimisme, et qu’on est loin d’un sinistre Ghost in the shell, il est évident qu’ici encore les nippons ont une attitude extrêmement ambiguë face au progrès technologique, étant à la fois leurs initiateurs principaux et ceux qui en craignent sans doute le plus les conséquences. Mais ceci est un autre sujet, qui a déjà été évoqué dans ses pages.
Matthieu Buge
