DES HOMMES ET DES DIEUX (Xavier Beauvois, 2010)

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Né, comme Un Prophète, de l’écurie Why Not, ayant, comme Un Prophète, reçu le Grand prix du jury à Cannes, et présentant, comme Un Prophète,  une douzaine de critiques unanimes à l’affiche, Des Hommes et des Dieux promettait d’être un nouveau choc cinématographique. Ici, comme pour le Audiard, on est ressorti de la salle quelque peu perplexe.

 

Beauvois s’est donc penché sur les moines de Tibhirine, pauvres moines trappistes français qui œuvraient en Algérie, qu’on retrouva décapités en mai 1996 après un enlèvement qui avait défrayé la chronique et remué les plus obscures couloirs politiques. On ne risque donc pas de spoiler ici puisque l’issue est relativement évidente. Mais Beauvois ne s’intéresse pas tant à l’assassinat en tant que tel (qui a joué le rôle de boucher ? un groupuscule islamique en pleine crise mystico-criminelle ? l’armée algérienne en pleine stratégie de realpolitik ? Beauvois ne prend pas parti) qu’aux derniers mois que ces hommes de Dieux passèrent dans leur monastère montagnard en sachant qu’ils risquaient d’y passer rapidement.

 

C’est certain, bien que très classique, il est fort joliment réalisé, le film de Beauvois. Les lumières sont splendides et on a, de temps à autres, l’impression de pénétrer un Caravage. Plus étonnant, malgré le fait qu’il filme des individus qui consacrent la majeure partie de leur existence à la contemplation, il y a un rythme indéniable qui fait tenir le spectateur jusqu’au bout, et ce en dépit de la présence de quelques séquences un peu longuettes.

Et puis l’intention est louable (tout en étant habile d’un point de vue marketing) : sans insister plus que ça sur l’aspect catholique de cet univers monacal, Beauvois réussit à toucher les croyants et les spectateurs qui ne croient qu’en l’Homme. Car le portrait qu’il fait de ces hommes est objectivement beau. Des hommes simples, qui ont tout abandonné pour se livrer à un idéal spirituel d’une part et à une activité humanitaire d’autre part. Ni le prieur (Lambert Wilson qui arrive à ne pas être ridicule dans un rôle surprenant pour lui), ni le médecin (Michael Lonsdale, excellent dans un rôle qui convient à ses engagements personnels), ni aucun autre ne vient faire une distinction entre les locaux (des musulmans) et eux (des catholiques). Tous les hommes sont les fils d’un Très-Haut, et les moines se veulent être les bergers et des brebis les plus pauvres, et des brebis égarées qui, elles, font des distinctions et règlent les différents dans le sang. Et puis, ils sont d’autant plus beaux, ces hommes, qu’ils ont leurs faiblesses : la vieillesse, la maladie, la peur de la mort, le doute. Ils sont humains. Ce qui en fait des êtres totalement accessibles pour le commun des mortels qui passe son temps à se compromettre dans des activités somme toute bien futiles.

Et puis, chose non négligeable, il faut bien féliciter Beauvois pour avoir su traiter un sujet délicat sans tomber ni dans la caricature, ni dans l’instrumentalisation politique. L’histoire dramatique de ces moines est abordée avec finesse, sans trop de références au passé coloniale (une seule sur deux heures de bobine !), sans a priori quant à une responsabilité qui demeure aujourd’hui un mystère, et sans – pour une fois ! – aborder la question de l’Algérie en fustigeant les Français.

 

Néanmoins, il semble manifeste que la spiritualité n’est pas le champ de prédilection du réalisateur. Les motivations réelles des moines, la mystique, le mystère de la foi chez l’être humain… tout cela semble être bien loin de ses préoccupations. Et Beauvois le montre bien dans sa réalisation. Des deux scènes qui marquent particulièrement le spectateur, l’une est réussie (les moines chantant pour se donner du courage et couvrir – dans leur cœur – le bruit d’un hélicoptère qui survole, menaçant, le monastère), l’autre est d’un kitsch et d’un facile quelque peu désarmant. Ayant décidé de rester au monastère, nos gentils moines prennent un dernier repas, véritable Cène lors de laquelle le personnage de Lonsdale fait jouer une vieille cassette du Lac des Cygnes. Tous ont alors l’air de saisir qu’ils sont condamnés et le martyre est enfin annoncé. Seulement voilà, quand démarre l’air de Tchaïkovski (seule musique des deux heures du film), on a d’abord la désagréable impression de se retrouver dans une publicité pour une banque ou dans un ascenseur ringard, puis quand il se fait vraiment fort et profond, on ne peut s’empêcher de penser que l’émotion qui est suggérée ici relève du voyeurisme, de l’émotion facile, et on constate a posteriori que c’est la manière qu’a trouvée Beauvois pour nous émouvoir sur le sort de ces pauvres moines. Et tout à coup, l’ensemble ne fonctionne plus. Cela serait-il mieux passé s’il avait choisi une autre musique ? Pas sûr. Dans toute la sobriété de ce film, ce pseudo moment de bravoure jure, et semble même avoir été raté car la caméra opère une chorégraphie dont le rythme est curieusement interrompu (à cause d’un acteur peu convaincant peut-être?), jusqu’à avoir un aspect foutoir qui semble plus relever du système D en post-prod’ que de la pure intention de mise en scène. On aurait pu tolérer cette scène si le film s’était arrêté là, ou peut être sur un plan de la porte du monastère en train d’être forcée. Mais le film se traîne sur les cinq minutes qui restent, offrant à Wilson un dernier monologue et suivant une longue marche dans la neige et la brume qui n’apportent rien.

 

Bref, on retiendra surtout de ce film que cela fait du bien de voir qu’en France, on peut tout de même toujours se lancer dans des projets ambitieux, au sujet original et pas forcément facile d’accès, que l’on n’est pas obligé de verser dans la comédie facile ou dans le mélo amoureux à deux francs cinquante. Et pour ça, on ne peut que tirer son chapeau et à Beauvois et à la Why Not, qui confirme sa qualité de grande maison de production hexagonale.   

 

MAtthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Dimanche septembre 12 2010at 03:09 , filed under Ciné Paté and tagged , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

One Response to “DES HOMMES ET DES DIEUX (Xavier Beauvois, 2010)”

  • Larmo dit :

    Sûrement un bon film français, mais un bon film tout court ? A écouter les critiques et les gens en général, ce film est un chef-d’œuvre. Pourtant, malgré ses quelques atouts (beaux plans, description intéressante de la vie monacale), des hommes et dieux pourrait constituer un bon somnifère. Au bout d’une demi-heure, l’ennui guette. Manque de rythme, peut-être…

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