FAÎTES LE MUR! (Exit Through The Gift Shop, Banksy, 2010)

Le fameux Banksy est donc enfin passé du mur à la toile ! En nous livrant le très drôle Exit Through The Gift Shop (le titre anglais étant, encore une fois, beaucoup plus approprié, on utilisera celui-ci pour désigner ce vrai-faux documentaire sur le « street art »), l’artiste sans visage fait une nouvelle fois preuve de son inventivité, de son irrévérence, de sa sagacité… bref, de son talent.
Dans Exit Through The Gift Shop, documentaire sur l’ascension d’un « nobody » et peinture bien ironique du monde de l’art au sein duquel Bansky s’inclus sans complexe, le spectateur suit Thierry Guetta, un français gentiment débile qui s’est pris de fascination pour le street art avant de devenir lui-même artiste. D’abord vendeur de fripes à L.A, monsieur Guetta se met à suivre tous les acteurs du street art, caméra à la main, prétendant faire un documentaire mais en réalité ne satisfaisant que son besoin de suivre ces gens qu’il admire. Il a un jour la chance de rencontrer Banksy, l’homme invisible de cet underground artistique. A partir de là, les choses s’emballent et Banksy encourage mollement Guetta a devenir lui-même artiste. En peu de temps, Guetta devient « Mister Brainwash », pâle copieur à la fois de Warhol et de Bansky, artiste incapable de tracer lui-même un trait, aux raisonnements sur la nature de l’art à la fois sans fin et sans fond… et coqueluche des critiques artistiques qui vend ses absurdités des millions !
Bon nombre se sont demandé si Banksy avait fait là un documentaire ou un mocumentaire. Parce que l’histoire semble trop hallucinante, parce qu’il existe bel et bien des traces de ce « Mr Brainwash » qui est officiellement celui qui a fait la couverture du dernier best of de Madonna, parce que le film est effectivement très instructif sur l’univers du street art… Mais si Exit Through The Gift Shop était un vrai documentaire, après Inside Job, on serait tenté de décréter qu’on est arrivé à la fin de l’Histoire, que la société n’est plus qu’un regroupement d’abrutis et de dégénérés et qu’il n’y a plus, vraiment plus, d’espoir.
Ici, on penche sérieusement pour l’option mocumentaire. Parce que le scénario est trop parfait. Parce que si des traces de Brainwash existe sur le net, il n’est pas pour autant aussi présent que sa supposée renommée le laisserait entendre. Parce que Guetta, après vingt ans aux Etats-Unis, parle toujours anglais de manière tout à fait approximative – on connaît le talent des français pour les langues, mais quand même ! Parce qu’il a accepté d’être interviewé dans un documentaire qui en fait un loser absolu. Parce qu’il y a (sans explication de pourquoi, mais le tout est suffisamment habile pour qu’on l’oublie) quelqu’un pour filmer Brainwash faire sa grande expo à L.A et se casser lamentablement le pied pendant l’organisation, sous l’œil d’un personnel qui n’hésite pas à le qualifier d’abruti… Tout cela nous laisse penser que, tout comme les vrais artistes interviewés comme Invader ou Shepard Fairey, Thierry Guetta n’est autre qu’un complice du facétieux Banksy qui est allé jusqu’à créer un artiste bidon pour faire un film génial.
Exit Through The Gift Shop est au fond plus un film sur Banksy que sur ce mystérieux Guetta. On y voit le travail de Banksy, on voit Banksy à l’ouvrage, on voit Banksy passer du simple artiste underground au statut de star internationale, on voit Banksy CREER Mr. Brainwash… C’est l’ingéniosité de Banksy qui est ici mise en avant, y compris en montrant des œuvres parfaitement inconnues mais décapantes. (De ce point de vue, on retiendra surtout les fausses livres à l’effigie de Diana qu’il a du ranger dans des boîtes au fond de son atelier car les gens commençaient à les dépenser sans faire attention… ce qui faisait de lui un faussaire !) Au travers de Guetta, Banksy décrit son travail, démontre l’existence d’un vrai style et d’une véritable réflexion, à la fois dans ses œuvres prises une à une et dans son regard sur le monde de l’art. Et il ne faut pas non plus perdre de vue qu’Exit Through The Gift Shop est aussi sans doute une réponse à ses détracteurs qui le qualifient de « sell out » : Banksy est devenu célèbre, mais en attaquant le star-système de l’art contemporain, il montre bien qu’il n’a rien perdu de son indépendance d’esprit.
MAtthieu Buge

[...] This post was mentioned on Twitter by MAtthieu Buge, MAtthieu Buge. MAtthieu Buge said: Bansky et son très fun Mr Brainwash: http://tinyurl.com/2d8deot [...]
Intéressant point de vue mais on voit bien de nombreuses vieilles images de Thierry Guetta filmant les uns et les autres, non ? Il semble donc bien que Thierry Guetta a existé tel qu’il est présenté dans la première partie. Après Mr. Brainwash, qui sait ? C’est énorme mais si c’était monté de toute pièce avec Thierry Guetta dans le coup, ce qui serait encore plus énorme, c’est le talent d’acteur de Thierry Guetta !! Ha ha… Je n’y crois pas.
Soit tout est vrai et favorisé par Banksy (par son soutien public), soit le buzz Mr. Brainwash est monté, les ventes imaginaires, l’hebdo dont il est en une faux, mais monté à l’insu (du plein gré) de Guetta. Et il semble assez débile pour se satisfaire d’être l’objet d’un docu de son idole quitte à passer pour un débile.
Je pense qu’il est possible que tout soit réel. Je vois pas l’intérêt pour Banksy de dénoncer les travers de l’art contemporain par un travers qui serait totalement monté. Ca finirait par se savoir et ça ferait pschitt, non ? Ce que dénonce le film ne peut tenir qu’à la réalité du phénomène mr. brainwash me semble-t-il.
Je pense que les « vieilles » images de Guetta peuvent être des archives – si l’on part du principe que tout ce petit monde ce connaît depuis longtemps ça n’est pas impossible. Mais Guetta ne change jamais de tête, comme Shepard Fairey d’ailleurs. Si Guetta change de physionomie, c’est uniquement grâce à des changements de pillosité faciale fréquents. L’ignoble moustache qu’il a pendant les interviews le vieillit, et il a l’air plus jeune quand il est rasé de prés. Ce qui s’applique à tout le monde. Mais ça n’est que mon appréciation de ce que j’ai vu.
Pour ce qui est du coup monté, je pense que tout est monté mais avec la complicité de Guetta qui doit être moins con qu’il n’y paraît. D’ailleurs, « Thierry Guetta » n’est peut être qu’un alias comme Banksy. L’intérêt pour Banksy, dans mon optique, serait de dénoncer un système auquel bon nombre de ses amis streetartistes l’accusent de s’être vendu.
good point Mr Buge,
Mr Brainwash est un fake: personnage d’imbécile heureux, pâle copieur des Bansky et autres, jouissant d’un engouement réel des collectionneurs pour les « street artists »
joué par un pote de longue date, ce personnage est finement ciselé, tout est (bien) fait pour qu’on y croit ou, du moins, qu’on s’interroge (et c’est déjà gagné)
le montage est assez subtil pour nous laisser à penser qu’il est de toutes les virées et que c’est lui qui filme au cours de celles-ci…
et si j’ai tort:
sick sad world!