INSIDE JOB (Charles Ferguson, 2010)

 

 obama-insidejob-summers-kmm

“What do you think about selling securities that your own people think are…crap?”

 

Dans la veine des documentaires efficaces (Fahrenheit 9/11, Mondovino, Food Inc. …), Charles Ferguson va un peu plus loin en nous livrant Inside Job. Un film de deux heures qui passent en 20 minutes, traitant de manière limpide un sujet des plus ardus. Vous n’avez rien compris à la crise financière de 2008 ? Les subprimes vous inspirent autant que Le fondement de la morale de Schopenhauer et pourtant votre incapacité à comprendre la moindre ligne des pages économiques du moindre quotidien vous désespère ? Inside Job est fait pour vous. Ceci étant dit, Inside Job n’intéressera pas moins les individus qui ont compris la crise dans toute sa complexité.

 

De manière vive et lumineuse, Ferguson décortique ce phénomène qui a mis sur la paille des millions de gens qui n’avaient rien demandé et nous éclaire sur toutes ces « choses » incompréhensibles tels que les subprimes, CDO et CDS (le très complet site du documentaire comprend d’ailleurs un glossaire au cas où vous ressortiriez de la salle toujours embrouillés), sur toute la chronologie de la dérégulation financière, sur toutes les collusions entre les banques, sociétés d’assurances, agences de notation (et… institutions gouvernementales !)… Entre documents d’archives effarants et schémas éclairants, Ferguson interviewe une armée de spécialistes aux quatre coins du monde : journalistes, économistes, membres d’institutions gouvernementales, businessmen… comme dans une sorte de Rashômon des temps modernes, dans lequel tous les témoins et acteurs d’un crime mondial sont appelés à la barre. Du moins tous ceux qui ont répondu positivement à l’appel de Ferguson.

 

Car si Inside Job est efficace, au-delà de sa dimension éducative dynamique, c’est aussi parce qu’il y a un aspect de fiction hollywoodienne, parce qu’il y a les bons et les méchants. Ceux qui sont responsables du désastre et dont le « life-style » donnerait envie de faire une révolution communiste et ceux qui tiraient la sonnette d’alarme mais qui étaient soit muselés soit en train de prêcher dans le désert. .  

 

De ce point de vue, Frederic Mishkin, Glenn Hubbard, Allan Greenspan, Henry Paulson, Scott Talbott, Ben Bernanke et Larry Summers, tous acteurs de la dérégulation à outrance, incarnent de fantastiques « vilains » – on trouvera à la fin de ce billet  quelques anecdotes bien révoltantes contées dans Inside Job à leur sujet. Du côté des gentils : Raghuram Rajan, Eliot Spitzer, Charles Morris, auteur de « The Thrillion dollars meltdown », nos stars Christine Lagarde et DSK… bref, tous ceux qui avaient compris que les US allaient envoyer le monde dans le mur après avoir créé un système complètement virtuel qui étaient en train de leur échapper.

 

Divisé en plusieurs parties, Inside Job s’achève sur un chapitre particulièrement inquiétant. Ainsi, Ferguson décrit les liens entre les milieux financiers et les respectables économistes qui forment les élites intellectuelles dans les universités américaines. Les énormes conflits d’intérêts inhérents à cette situation ne semblent évidemment pas troubler une seconde les principaux intéressés comme Larry Summers qui palpent des milliers de dollars pour le moindre « speech » en faveurs de la dérégulation, des produits dérivés, etc. Mais ça n’est pas tout. Note finale désespérante de cynisme: Obama a été bien impuissant à changer les choses et les principaux responsables de la crise comme Bernanke ou Summers… font aujourd’hui partie de son administration.   

 

 

MAtthieu Buge

 

 

 

Quelques anecdotes amusantes :

 

- Frederic Mishkin, économiste, professeur à Columbia, membre des gouverneurs de la Fed et payé 124 000 $ pour être l’auteur d’une note sur la « stabilité du système financier islandais » au moment même où tout commençait à s’effondrer. Note qui, un beau jour, s’est tout à coup appelée « instabilité du système financier ».

 

- Glenn Hubbard, ancien conseiller économique de Bush, avocat de la dérégulation et parfait exemple de la complicité des élites intellectuelles et des milieux financiers. Avec Mishkin, il fait partie de ceux qui peuvent regretter d’avoir accepté d’être interviewés. Si Mishkin joue au crétin, Hubbard s’énerve et, face à un réalisateur malheureusement bien renseigné, finit par refuser de répondre aux questions. 

 

- Henry Paulson, ancien PDG de Goldman Sachs et secrétaire au trésor sous Bush. Celui qui fait en sorte que l’Etat sauve son ex-boîte, liquidant ainsi définitivement sa concurrente Lehmann qui débute sa faillite. Celui qui, en entrant au gouvernement a touché des centaines de millions de dollars alors même que, finaud, il avait déjà vendu les actions qu’il détenait dans sa société au bord du gouffre  

 

- Et pour finir, un petit texte de Larry Summers, non tiré d’Inside Job mais tout autant hallucinant:

 

‘Dirty’ Industries: Just between you and me, shouldn’t the World Bank be encouraging MORE migration of the dirty industries to the LDCs [Least Developed Countries]? I can think of three reasons:

1) The measurements of the costs of health impairing pollution depends on the foregone earnings from increased morbidity and mortality. From this point of view a given amount of health impairing pollution should be done in the country with the lowest cost, which will be the country with the lowest wages. I think the economic logic behind dumping a load of toxic waste in the lowest wage country is impeccable and we should face up to that.

2) The costs of pollution are likely to be non-linear as the initial increments of pollution probably have very low cost. I’ve always thought that under-populated countries in Africa are vastly UNDER-polluted, their air quality is probably vastly inefficiently low compared to Los Angeles or Mexico City. Only the lamentable facts that so much pollution is generated by non-tradable industries (transport, electrical generation) and that the unit transport costs of solid waste are so high prevent world welfare enhancing trade in air pollution and waste.

3) The demand for a clean environment for aesthetic and health reasons is likely to have very high income elasticity. The concern over an agent that causes a one in a million change in the odds of prostrate[sic] cancer is obviously going to be much higher in a country where people survive to get prostrate[sic] cancer than in a country where under 5 mortality is 200 per thousand. Also, much of the concern over industrial atmosphere discharge is about visibility impairing particulates. These discharges may have very little direct health impact. Clearly trade in goods that embody aesthetic pollution concerns could be welfare enhancing. While production is mobile the consumption of pretty air is a non-tradable.

This entry was written by M."K".B , posted on Mercredi décembre 08 2010at 06:12 , filed under Ciné US$ . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>