THE GREEN HORNET (Michel Gondry, 2011)

Contrairement à beaucoup, on n’a jamais été fanatique de Gondry – à part pour Eternal Sunshine of the Spotless Mind et les clips qu’il a faits pour Björk. On s’est régulièrement fait jeter des tomates pour avoir détesté Be Kind, Rewind ! Et encore une fois, Gondry ne nous a aucunement conquis.
Britt Reid hérite d’un immense empire médiatique à la mort de son père qu’il déteste. Aucune surprise jusque là : le père est un homme d’affaire un peu up-tight, Britt Reid est un incapable de base qui, à part faire la fête et ramener des poules dans la villa familiale, ne fait que deux choses : déguster son cappuccino le matin et détester son père le reste de la journée. A la mort de son père, il devient un « super-héros » grâce à l’aide de Kato – le gentil noich qui lui fait son café le matin, qui se bat comme un diable en plus d’être expert en mécanique et… qu’il n’avait jamais remarqué jusque là. Mais, curiosité dans le monde des super-héros, Britt devient « super-héros » non pas en hommage à son père mais bien contre la mémoire de son père. Kato et lui seront des héros masqués qui lutteront contre le crime tout en se faisant passer pour des criminels. Evidemment, Chudnovsky, le grand méchant de L.A ne va pas être tout à fait ravi par l’apparition de ce trouble fête…

On ne va pas accuser Gondry de nous avoir fait passer un mauvais moment. Beaucoup d’autres facteurs en sont certainement responsables. A commencer par la critique complaisante. Il est tout à fait remarquable de voir les Inrocks adorer Gondry, Télérama se limiter à être bienveillant, l’Express ne faire qu’une interview du réalisateur (comme s’ils étaient, dans le fond, gênés de défoncer le nouveau Gondry)… comme souvent, seuls les internautes ont osés dire ce qu’ils pensaient sincèrement et sans être soumis à un effet de mode. On en vient de temps à autres à se demander s’ils ne se sont pas bornés à lire la fiche wikipédia du Frelon Vert et de visionner la bande-annonce avant de rédiger leurs articles.
Non, la 3D n’apporte RIEN. Il suffit de faire le test : les deux-tiers du film se regardent sans les lunettes. Ceci étant tout simplement du au fait que la 3D a été faite a posteriori. On n’avait encore jamais vu la 3D être autant un artifice commercial.
Non, la mise en scène et la direction artistique n’ont rien de somptueux. Les photos présentent dans cet article suffisent à voir qu’on n’est pas dans autre chose que dans de la grosse production classique hollywoodienne et la fameuse séquence de split-screen (« jusqu’à huit fenêtre à l’image » s’enthousiasme les Inrocks !) est à peut près aussi fascinante qu’un générique de Guy Ritchie : ludique, dynamique, oubliée douze minutes plus tard.
Film de super-héros décomplexé, bon esprit ? Il n’en reste pas moins qu’on verse dans les bons sentiments les plus mielleux sur la fin avec ce faux héros qui s’était construit CONTRE son père, mais qui finit par se réaliser en accord avec son père. Les méchants perdent, les gentils losers gagnent, et Kato et Reid finissent par s’adorer malgré le comportement insupportable de Reid qui trash son petit chinois à longueur de journée. On peut bien broder sur la relation ambiguë Reid-Kato, sur leur potentielle homosexualité ou sur l’admiration-jalousie de Reid pour les talents de Kato… il n’en reste pas moins qu’on avait encore jamais vu un héros aussi moisi, un personnage principal qu’on espère voir mourir rapidement et si possible dans d’atroces souffrances.
L’insupportable Seth Rogen, à la fois acteur (Britt Reid), scénariste, producteur… doit évidemment être en grande partie responsable. Acclamé pour avoir un côté « super-cancre » devenu « super-star », ce dernier nous livre un héros tout en balourdise, qui n’inspire aucun sourire ni aucun respect. Jay Chou en asiatique archétypique partagé entre zenitude absolue, rage du tigre et grâce du dragon est un (faible) charme dans ce film au casting prestigieux mais mal employé. Au-delà de Seth Rogen, on a donc un Christophe Waltz en gangster cocaïnomane sur le déclin qui, au-delà d’une première scène très prometteuse, fait dans la dialectique de la bouffonnerie psychopathe, et une Cameron Diaz en potiche inutile dont les craquelures de l’âge commencent à être nettement visibles.
Encore une fois, l’aspect le plus intéressant de ce film est ce qu’il dit sur l’état d’esprit américain de notre époque. Le grand méchant complètement fou et sur le déclin est d’origine soviétique, et le duo qu’il faut chérir est américano-chinois (ironie du sort : Jay Chou est taïwanais). Il y a d’ailleurs un élément assez pathétique dans ce duo imaginé par des américains : Britt Reid, représentant les Etats-Unis, est un incapable et un soulard notoire. Kato, représentant de la Chine, sait tout faire et est pourtant traité comme un valet. Seth Rogen, représentant les Etats-Unis, ne saurait ici faire autre chose qu’alimenter dans certains esprits la peur du « péril jaune » et la conscience du déclin ou de la décadence de l’empire américain.
Juste après, on a revisionné Dreams de Kurosawa. La leçon de cinéma, voire d’héroïsme, était tout autrement plus belle.
MAtthieu Buge

Pour info, je vis actuellement aux USA, et les critiques sont unanimes : si Gondry a produit du bon par le passé, ce film-là est bien nul de chez nul… Très dur de croire que les critiques sont positives en France 0_0. Chauvinisme, quand tu nous tiens…
Merci Dr Koni pour nous donner l’opinion outre-atlantique Le chauvinisme est d’autant plus ridicule que le film est une commande…
A part sa réalisation soignée et la prestation hilarante de Cristopher Waltz, ce film est pathétique. Acteur principal et sa voix insupportable qui aurait dû rester dans ses teen movies habituels, mauvais choix de comic book, scénario très lourdeau, blagues minables… (la liste est trop longue pour un commentaire). On se demande ce que Michel Gondry qu’on a aimé dans human nature et Eternal Sunshine of the Spotless Mind est venu faire dans le milieu du comic book. Quatre mots : DU SOUS-SOUS-BATMAN !