HAHAHA (Hong Sang-Soo, 2011)

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Deux trentenaires se retrouvent après une longue séparation. L’un est un faux réalisateur de cinéma, l’autre un intello aux tendances dépressives. Parler d’art ? Quelle idée ? Buvons entre hommes et parlons de femmes ! Ils trinquent, discutent, trinquent, se confient, trinquent encore, rient de leurs aventures amoureuses et d’eux-mêmes, sans jamais se rendre compte qu’ils parlent d’une même période, d’un même lieu et des mêmes gens. 

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C’est comme si, un jour, Hong Sang-Soo (Turning Gate, Conte de Cinéma, Night and Day, La Femme est l’Avenir de l’Homme) avait composé une très belle partition et que, depuis, il s’attachait à ne faire que des variations autour de cette dernière. Cette mélodie ne semble pas le lasser et nous, spectateurs, nous empressons systématiquement de le bisser.

Que le charme ne disparaisse pas malgré la répétition tient sans doute beaucoup à la simplicité apparente du cinéma d’Hong Sang-Soo. Simplicité de l’histoire (généralement un trio amoureux auquel viennent se greffer quelques personnages secondaires), simplicité de la mise en scène (lumière naturelle, plans la majeure partie du temps fixes) simplicité des personnages (de gentils losers en qui chacun pourra s’identifier sans honte ni frustration).

Les personnages de Hong Sang-Soo sont médiocres, oui. L’un est un macho un peu balourd qui s’invente une activité artistique, l’autre est un dépressif qui n’assume pas grand-chose, un autre encore dissimule son insensibilité et sa perte de repères derrière une façade de poète… Mais contrairement à ceux de cauchemars comme A Serious Man (précédemment maltraité dans ces pages), ils sont sympathiques. Les protagonistes de HAHAHA errent, cherchant moins un sens à leur vie qu’une manière simple d’être heureux. Ils vaguent et divaguent, prenant des airs de sérieux qu’ils mêlent à une touchante autodérision. La voie, ils ne la trouveront manifestement pas. Ou peut-être si : comme souvent dans les films de Hong, dans l’alcool et la discussion, dans l’ivresse et les souvenirs. Un des choix esthétiques du réalisateur – qui n’hésite pas à faire picoler ses acteurs pour des scènes où il estime que c’est nécessaire – est de ce point de vue essentiel : la discussion entre les deux compères, on ne la verra jamais. On l’entendra. Les flash-backs sont uniquement entrecoupés de photos noir et blanc de cette intime réunion, plongeant les deux amis et leur conversation d’ores et déjà dans le domaine du souvenir.  

Ce n’est sans doute pas un hasard si le souvenir a telle importance dans l’œuvre de Hong qui, manifestement, y met beaucoup de lui-même. Et pour évoquer les souvenirs, quoi de mieux que l’intimité d’une conversation lors de laquelle tour à tour on se confie, on dit les choses à demis mots, on se rend compte des paradoxes qui nous agitent ? HAHAHA est encore un de ces marivaudages malheureux dont Hong a le secret, où les mots, les quiproquos ont une grande importance, donnant à l’ensemble un aspect faussement burlesque et retranscrivant on ne peut mieux les errances des personnages. Une recette déclinée à l’infini pour notre plus grand plaisir.

 

Matthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Samedi mars 26 2011at 01:03 , filed under Ciné Bridé and tagged , , , , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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