LE VASE DE SABLE (Nomura Yoshitaro, 1974)

Avec Criterion, Wild Side possède définitivement un des meilleurs catalogues pour l’amateur de cinéma nippon en quête de raretés. Dans les « introuvables », on trouve notamment ce Vase de Sable, plus gros succès du B.O japonais dans les années 1970 et quasiment inconnu du public occidental.
Dans la canicule de l’été japonais, l’inspecteur Imanashi (Tamba Tetsuro) se retrouve face à un meurtre quelque peu mystérieux. La victime est inconnue. Le seul indice, c’est ce mot, entendu par une serveuse dans un bar tokyoïte : « KAMEDA », prononcé avec l’accent du nord du Honshu. Kameda ? Mais qu’est-ce que ça peut bien être ? Un homme ? Une femme ? Un lieu ? Un traîneau ? Imanashi se lance à travers la campagne nippone afin de démasquer l’assassin et essayer de comprendre quelque chose à ce casse-tête. No spoiler there.
Adaptation d’un roman de Matsumoto Seicho – qualifié, parce qu’on aime toujours rapporter les choses à nous, de « Siménon japonais » – le Vase de Sable est une enquête à la japonaise, réaliste, calme, dramatique et sage. Pas de courses-poursuites effrénées, de gros calibres et de grosses cylindrées. Mise en scène classique, montage sobre, photo un peu datée mais néanmoins magnifique. En bon disciple de Kurosawa dont il a été l’assistant, Nomura se détourne du Dirty Harry style pour narrer son histoire simplement, humainement, la rythmant de véritables interrogations et d’images de la nature au symbolisme fort. Quelques longueurs certes (mais peu sur les 143 minutes que dure ce film). Néanmoins, Tamba Tetsuro arrive si bien à rendre son personnage attachant dans sa résignation de bon flic aux velléités poétiques qu’on le suivra jusqu’au bout.
Mais le véritable intérêt du film de Nomura se trouve dans son mélange des genres. Pas de twist à la Usual Suspect ici : le nom de l’assassin, on nous le donne à la fin de la première moitié du film. Mais ce qui manque, c’est le mobile. Le film prend alors une allure de drame, plongeant le spectateur dans le très difficile après-guerre nippon et lui faisant oublier le crime pour lui donner une bonne leçon d’humanité. Nomura se détache et nous éloigne du sordide, donnant à son polar un vrai propos… aussi émouvant pour l’inspecteur que pour le spectateur.
Matthieu Buge
