MA PART DU GATEAU (Cédric Klapisch, 2011)

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Rencontre improbable sur fond de bourse et de chômage, Klapisch livre sa version des rapports de classe au XXIe siècle. Pas franchement réjouissant malgré quelques (rares) morceaux de bravoure.

 

France est ouvrière à Dunkerque, Steve (pour Stéphane) est trader à Londres. Alors que France se fait mettre à la porte après 20 ans de bons et loyaux services, Steve se voit offrir une promotion en or. Leurs trajectoires vont se croiser à Paris, dans l’appartement ultrachic et impersonnel du financier. France fera le ménage, puis la nounou pour Steve.

 

Sur cette trame ultra-classique (ils n’auraient jamais dû se rencontrer mais vont apprendre sur eux-mêmes et sur le monde au contact de l’autre, autre qui ne les laissent d’ailleurs pas insensible) Klapisch réalise un film de bonne facture qui navigue à vue entre social à la Ken Loach (assez pauvrement traité) et fausse comédie romantique (partie la plus maligne).

 

Dépassé par son ambitieux sujet, le réalisateur de Paris se fait simpliste et terriblement didactique lorsqu’il s’agit de mettre en lumière les mécanismes de la finance. Plombé par les fausses bonnes idées comme confier à Xavier Mathieu, vrai syndicaliste de Continental, son propre rôle, le film gagne en vérité lorsqu’il se resserre sur la rencontre entre les deux personnages principaux. Avec malice, le scénariste Klapisch dépeint une relation toujours ambiguë entre le bon sens populaire de France et l’arrogance que donne la réussite et l’argent, trait de caractère dont ne manque pas Steve. Le film est cependant regardable malgré ses gros défauts.

 

Car il y a les acteurs et, dans ce domaine, la magie opère. Malgré 5 minutes éprouvantes à soupçonner l’erreur de casting, dès l’arrivée à Paris, Karin Viard emporte le morceau. On lui passe tout. On lui doit les scènes de pure comédie (son imitation de femme de l’est !), trop rares malheureusement. Gilles Lellouche se débat comme il peut avec un rôle mal écrit. Mais heureusement, il peut beaucoup. Son interprétation est plus convaincante que son personnage et il parvient à sauver des dialogues et des situations terriblement balourds (voir le brief à son équipe de requins de la finance).

 

Le cinéaste change de ton dans la dernière partie du film. Il voulait une fin ouverte et elle l’est, mais pas dans le bon sens. Oui, le spectateur doit imaginer ce qu’il va arriver aux personnages… mais non, ça n’a aucun intérêt. Car on a que trop compris pour qui bat le cœur du cinéaste. Son message est bien simpliste : les traders sont des gros cons qui veulent montrer qu’ils ont la plus grosse –  ce qui n’en fait pas forcément des gens antipathiques. Ils agissent en primates sophistiqués : ils ne se rendent pas compte. Nous si. Et beaucoup trop. Face à eux, la France des vrais gens est désemparée, reste l’action collective comme dernière cartouche.

 

Ma part du gâteau est sans doute le film le plus faible du réalisateur du Péril Jeune qui confirme qu’il est plus doué pour filmer la société en toile de fond, au service du cœur de son cinéma : l’art de chercher sa place.

 

 Timothée Bongrain

This entry was written by M."K".B , posted on Vendredi mars 25 2011at 08:03 , filed under Ciné Paté and tagged , , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

One Response to “MA PART DU GATEAU (Cédric Klapisch, 2011)”

  • Ines Olio dit :

    Cette critique me parait assez juste : ce n’est pas le meilleur Klapisch, beaucoup de clichés et d’improbalités. Il reste que c’est bien joué malgré des dialogues parfois décevants, Karin Viard relève le défi et Gilles Lellouche arrive à ne pas être trop « tête à claques ». Quant à la scène du stage ménage, quel bonheur !

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