DETECTIVE DEE, LE MYSTERE DE LA FLAMME FANTOME (Tsui Hark, 2011)

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On est généralement ici à l’extrême limite de l’objectivité quand il s’agit de cinéma extrême-oriental. Depuis une vingtaine d’années – voire plus – les cinéastes Chinois, Hong-Kongais, Taïwanais ont prouvé qu’ils n’avaient rien à envier aux Américains en termes d’entertainment pas bête, de grand spectacle sensé, de maitrise béton de la photo et du montage et ils constituent clairement la relève pour ce qui est de l’originalité des histoires que peut offrir le grand écran. Pour autant, on se demande tout le temps pourquoi, dès qu’un film débarque de l’empire du milieu ou de son appendice à l’indépendance un peu plus diminuée tous les jours, on trouve dans la bouche de tous les critiques les mots « poésie », « culture », « bluffant », etc… et les éloges qui ont fusé sur ce nouveau wu xia pian grand public nous laissent totalement perplexes.

 

En 690 la Chine s’apprête à célébrer en grande pompe mais dans une atmosphère de conspiration le couronnement de Wu Ze-Tian, première femme à monter sur le trône impérial.  Elle ne montera sur le trône que lorsqu’un gigantesque Bouddha sera achevé en plein cœur de la Cité Impériale, juste en face du palais où se déroulera l’intronisation. Sur le chantier, une série de meurtres met en péril l’ensemble de notre affaire. Plusieurs types, dont le maître d’œuvre, se transforment ni plus ni moins en torches humaines et la future impératrice fait alors appel au seul homme qu’elle estime capable de résoudre l’énigme : Dee, le juge détective qu’elle avait foutu en taule des années auparavant parce qu’il s’opposait à son règne.

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Oh, il y a bien une histoire, solide et tortueuse, au suspense entretenu jusqu’au bout. Il y a bien un propos, avec ce discours relativement traditionnel sur les apparences et la manipulation et une conclusion éminemment politique. Il y a bien d’innombrables scènes d’action qui viennent rythmer l’enquête du juge Dee… Seulement voilà, on ne saisit pas bien ce que ce nouveau Tsui Hark apporte de neuf à part le plaisir de le voir revenir sur le devant de la scène avec un bon gros film après des années d’absence.

Le Détective Dee n’a rien de véritablement novateur quand on regarde l’ensemble des films à grand spectacle que la Chine a pu nous fournir depuis une dizaine d’année. On évitera de le comparer à l’américanisé Tigre et Dragon car Dee est de toute évidence beaucoup plus tourné vers le public chinois que le film d’Ang Lee. On y trouve ce didactisme apprécié du public chinois et qu’on trouvait déjà dans des films comme les Trois Royaumes (qui signait le retour de John Woo en Chine) ou Hero et un paquet de références culturelles qui parleront nettement plus au Chinois moyen qu’à l’Occidental de base. L’humour véritable du film de Tsui Hark est donc difficilement palpable pour le public en dehors de Chine.

 

On attendait beaucoup du Détective Dee. La complexe histoire que nous propose le réalisateur peine à vraiment intéresser : non qu’elle soit mauvaise mais le spectacle l’a rend ennuyeuse. Tsui Hark enchaîne les scènes sans véritables transitions dans un décor fait soit de carton-pâte soit d’effets-spéciaux tape-à-l’œil et franchement médiocres. On a systématiquement l’impression d’être plongé dans un moyen-âge chinois à la propreté étincelante ou dans un SIM chinois « construisez votre Cité Interdite ». Et que dire de ce long passage dans « le marché fantôme », qui fait curieusement (et tristement) penser à Pirates des Caraïbes ?

Mais le pire est peut-être de devoir faire face à des combats décevants. Peut-être parce que Sammo Hung est une star maintenant vieillissante de la chorégraphie. Ou peut-être parce que Tsui Hark a fait cette fois le choix curieux de tout filmer en plan rapproché et de tout monter de manière un peu hystérique. On est très loin des prodigieuses – bien que kitsch à mourir – scènes de bagarre d’Il était une fois en Chine. Des combats on ne voit rien et on s’étonne d’entendre un critique dire de Tsui Hark qu’il « calligraphie l’action » quand Zhang Yimou, dans Hero, dressait un véritable et magnifique parallèle esthétique et intellectuel entre le combat et l’écriture.     

Ajoutons à cela que les éloges à l’égard d’Andy Lau, qui, s’il est toujours plaisant reste un acteur au registre assez limité, et de Carina Lau qui a de par son passé été bien mieux employée, nous semblent assez immérités. Quant à Tony Leung Ka Fai, il est tout bonnement superflu. Li Bing-Bing dans le rôle de la trouble suivante et Chao Deng, malgré un maquillage assez moisi d’albinos, sont de bien meilleures surprises. Mais de manière générale, ils campent tous des personnages sacrément inconsistants qui enquêtent sur une histoire dont, vraiment, on finit par se contrefoutre.

 

En somme, Détective Dee déçoit. Mais on aime bien Tsui Hark. Et malgré tout Andy Lau aussi. On va donc espérer qu’ils ne se lancent pas dans une saga à la Pirates des Caraïbes.

 

MAtthieu Buge

This entry was written by M."K".B , posted on Lundi mai 02 2011at 08:05 , filed under Ciné Bridé and tagged , , , , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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