CONFUCIUS (Hu Mei, 2009)

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Après le Détective Dee, dans la série films chinois moisis, on demande… Confucius ! Oui, parce que même si cela avait échappé à beaucoup d’entre nous, ici en Occident, Confucius a été le sujet d’un long-métrage il n’y a pas bien longtemps. Malheureusement pour cette superproduction chinoise (22 millions de $ de budget pour 18 de recettes), elle demeure plus célèbre pour la controverse qu’elle créa à sa sortie que pour ses qualités.

 

De manière assez ironique, le film était sensé sortir pour le soixantième anniversaire de la République Populaire de Chine. Régime qui, lors de la Révolution Culturelle, avait bien tenté d’éradiquer l’héritage confucéen. L’entreprise tourna court, évidemment. Mais quelques décennies plus tard, il semble de bon ton de célébrer le philosophe. Ces revirements pragmatiques (et un peu cyniques) feraient presque regretter l’ère dogmatique du communisme pur et dur.

Néanmoins, sa sortie fut décalée, les autorités les médias annonçant tout de même « le plus grand film de tous les temps ». Manque de chance, Avatar sortait au même moment. Rapidement, les autorités retirèrent Avatar des écrans pour laisser un peu plus de place à leur bébé. On prétexta volontiers de manière officielle que le film de Cameron ne générait pas assez d’argent. Des blogueurs chinois estimèrent que le propos d’Avatar était un peu trop proche des expropriations auxquelles se livre toujours à l’heure actuelle le Parti. Mais peu importe…

 

 Confucius nous présente donc le philosophe (joué par Môsieur Chow Yun-Fat) dans les vingt dernières années de sa vie, depuis le moment où il devient Ministre de l’intérieur du royaume de Lu. Après quelques intrigues complexes impliquant les grandes familles du royaume et les royaumes environnants, le grand sage se trouve obligé de devenir un philosophe errant, suivi d’une poignée de fidèles. Il revient finalement à Lu avant de mourir et se lance dans ses « Annales des Printemps et des Automnes ».

 

Confucius ambiance Seigneur des Annales

Confucius ambiance Seigneur des Annales

Passons sur l’esthétique douteuse présentant des effets spéciaux dignes du Détective Dee. Passons sur l’éthique patriotique qui n’a évidemment rien de surprenant. Passons aussi sur Chow Yun-Fat, qui semble s’ennuyer fermement pendant les 120 minutes que dure ce film et qui déplaisait énormément aux Chinois du continent en tant que représentant du vieux sage. Ses origines hongkongaises, sa langue faite au cantonnais, et sa bonne bouille ne passaient pas pour certains Chinois qui espéraient sans doute voir leur immortel philosophe sous les traits d’un ascète 100% Han. Et puis, dans le fond, les premières scènes, quand Confucius fait preuve de sa sagesse, sont plutôt très honnêtes – même si un peu trop didactiques.

Non, vraiment, là où Confucius échoue c’est tout simplement dans sa capacité à intéresser le spectateur. Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le philosophe n’était pas un simple ermite comme on pourrait l’imaginer aisément. La première partie le montre très bien. Mais sa dimension d’homme d’état n’est que très peu appréhendable tant les personnages sont nombreux et les hiérarchies (horizontales ou verticales) complexes. Et les innombrables légendes, venant ça et là présenter les lieux et les protagonistes, n’arrangent rien à l’affaire. Ce qui implique ipso facto que le film est juste mal écrit. La seconde partie correspond plus à l’image traditionnelle qu’on se fait du philosophe mais n’apprend pas grand-chose, ennuie, et on finit par ne plus avoir envie de le suivre de royaume en royaume (où il ne se passe quasiment rien) pour au final revenir à la case départ. D’autant que les démonstrations de loyauté de la part de ses fidèles sont un peu plus cheesy minute après minute. Le clou du spectacle présentant le fils de Confucius sacrifiant sa vie à grand renfort de violons et de lumières de mauvais goût dans un lac glacé pour récupérer les écrits de son père.

 

On pourrait dire que les auteurs ne se sont pas une seconde penchés sur la question de comment rendre le sujet plus abordable pour des audiences non-sinisantes. Malheureusement, c’est surtout en Chine que l’échec du projet s’est fait évident. Même dans l’Empire du Milieu Avatar a fait deux fois et demi plus d’entrées que le plus grand film de l’histoire… .

 

MAtthieu Buge

DETECTIVE DEE, LE MYSTERE DE LA FLAMME FANTOME (Tsui Hark, 2011)

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On est généralement ici à l’extrême limite de l’objectivité quand il s’agit de cinéma extrême-oriental. Depuis une vingtaine d’années – voire plus – les cinéastes Chinois, Hong-Kongais, Taïwanais ont prouvé qu’ils n’avaient rien à envier aux Américains en termes d’entertainment pas bête, de grand spectacle sensé, de maitrise béton de la photo et du montage et ils constituent clairement la relève pour ce qui est de l’originalité des histoires que peut offrir le grand écran. Pour autant, on se demande tout le temps pourquoi, dès qu’un film débarque de l’empire du milieu ou de son appendice à l’indépendance un peu plus diminuée tous les jours, on trouve dans la bouche de tous les critiques les mots « poésie », « culture », « bluffant », etc… et les éloges qui ont fusé sur ce nouveau wu xia pian grand public nous laissent totalement perplexes.

 

En 690 la Chine s’apprête à célébrer en grande pompe mais dans une atmosphère de conspiration le couronnement de Wu Ze-Tian, première femme à monter sur le trône impérial.  Elle ne montera sur le trône que lorsqu’un gigantesque Bouddha sera achevé en plein cœur de la Cité Impériale, juste en face du palais où se déroulera l’intronisation. Sur le chantier, une série de meurtres met en péril l’ensemble de notre affaire. Plusieurs types, dont le maître d’œuvre, se transforment ni plus ni moins en torches humaines et la future impératrice fait alors appel au seul homme qu’elle estime capable de résoudre l’énigme : Dee, le juge détective qu’elle avait foutu en taule des années auparavant parce qu’il s’opposait à son règne.

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Oh, il y a bien une histoire, solide et tortueuse, au suspense entretenu jusqu’au bout. Il y a bien un propos, avec ce discours relativement traditionnel sur les apparences et la manipulation et une conclusion éminemment politique. Il y a bien d’innombrables scènes d’action qui viennent rythmer l’enquête du juge Dee… Seulement voilà, on ne saisit pas bien ce que ce nouveau Tsui Hark apporte de neuf à part le plaisir de le voir revenir sur le devant de la scène avec un bon gros film après des années d’absence.

Le Détective Dee n’a rien de véritablement novateur quand on regarde l’ensemble des films à grand spectacle que la Chine a pu nous fournir depuis une dizaine d’année. On évitera de le comparer à l’américanisé Tigre et Dragon car Dee est de toute évidence beaucoup plus tourné vers le public chinois que le film d’Ang Lee. On y trouve ce didactisme apprécié du public chinois et qu’on trouvait déjà dans des films comme les Trois Royaumes (qui signait le retour de John Woo en Chine) ou Hero et un paquet de références culturelles qui parleront nettement plus au Chinois moyen qu’à l’Occidental de base. L’humour véritable du film de Tsui Hark est donc difficilement palpable pour le public en dehors de Chine.

 

On attendait beaucoup du Détective Dee. La complexe histoire que nous propose le réalisateur peine à vraiment intéresser : non qu’elle soit mauvaise mais le spectacle l’a rend ennuyeuse. Tsui Hark enchaîne les scènes sans véritables transitions dans un décor fait soit de carton-pâte soit d’effets-spéciaux tape-à-l’œil et franchement médiocres. On a systématiquement l’impression d’être plongé dans un moyen-âge chinois à la propreté étincelante ou dans un SIM chinois « construisez votre Cité Interdite ». Et que dire de ce long passage dans « le marché fantôme », qui fait curieusement (et tristement) penser à Pirates des Caraïbes ?

Mais le pire est peut-être de devoir faire face à des combats décevants. Peut-être parce que Sammo Hung est une star maintenant vieillissante de la chorégraphie. Ou peut-être parce que Tsui Hark a fait cette fois le choix curieux de tout filmer en plan rapproché et de tout monter de manière un peu hystérique. On est très loin des prodigieuses – bien que kitsch à mourir – scènes de bagarre d’Il était une fois en Chine. Des combats on ne voit rien et on s’étonne d’entendre un critique dire de Tsui Hark qu’il « calligraphie l’action » quand Zhang Yimou, dans Hero, dressait un véritable et magnifique parallèle esthétique et intellectuel entre le combat et l’écriture.     

Ajoutons à cela que les éloges à l’égard d’Andy Lau, qui, s’il est toujours plaisant reste un acteur au registre assez limité, et de Carina Lau qui a de par son passé été bien mieux employée, nous semblent assez immérités. Quant à Tony Leung Ka Fai, il est tout bonnement superflu. Li Bing-Bing dans le rôle de la trouble suivante et Chao Deng, malgré un maquillage assez moisi d’albinos, sont de bien meilleures surprises. Mais de manière générale, ils campent tous des personnages sacrément inconsistants qui enquêtent sur une histoire dont, vraiment, on finit par se contrefoutre.

 

En somme, Détective Dee déçoit. Mais on aime bien Tsui Hark. Et malgré tout Andy Lau aussi. On va donc espérer qu’ils ne se lancent pas dans une saga à la Pirates des Caraïbes.

 

MAtthieu Buge

Le Voyage du directeur des ressources humaines (Eran Riklis, 2010)

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Identités remarquables

 

Le Voyage du directeur des ressources humaines avait été très fraîchement accueilli lors de sa sortie en salles en décembre dernier. Il ne serait pas mauvais que, à l’occasion de la sortie du dvd, certains révisent un peu leur jugement.

 

Les mêmes voix qui avaient chanté les louanges des Citronniers d’Eran Riklis ont adopté un ton extrêmement condescendant pour parler du Voyage du directeur des ressources humaines, du même. C’est normal : un journaliste français ne doit jamais manquer une occasion de prouver son indépendance, et on ne prouve jamais mieux son indépendance qu’en brûlant ce qu’on a adoré. Bien sûr, ce Voyage s’inspire d’un roman d’Avraham B. Yehoshua, l’un des plus grands écrivains israéliens contemporains (1), mais s’il fallait prendre en compte ce genre de détail, on n’en finirait plus.

 

            On va dire que nous caricaturons. Les critiques français n’avaient-ils aimé aussi la Fiancée syrienne, réalisé par Riklis quelques années avant les Citronniers ? C’est vrai, mais, malgré toute leur générosité, la Fiancée et les Citronniers avaient ce qui fait qu’en France on a le droit d’aimer un film : ils se terminaient mal. Le premier avec les barbelés d’une frontière ; le second — malgré la mise en parallèle, pour ne pas dire la complicité préalablement établie entre une Palestinienne et une Israélienne — avec la construction d’un mur de béton. L’esprit français, qui adore avancer de deux pas pour reculer de trois, cet esprit « progressiste » qui ne cesse de jurer par les sacro-saintes racines se retrouvait en terrain connu : Vive la Nuit du Quatre Août et l’abolition des privilèges, bien sûr. Mais c’est encore mieux avec le rétablissement d’une aristocratie quinze ans plus tard. L’Europe, oui, évidemment, mais ce n’est pas parce que l’Italie a laissé entrer des Tunisiens sur son territoire qu’il faut les laisser entrer en France…

 

            L’ennui, donc, avec le Voyage du directeur des ressources humaines, c’est que c’est une histoire qui se conclut par une fin absurde, mais qui n’en est pas moins un happy end. Rappelons l’intrigue en deux mots : le directeur des ressources humaines d’une boulangerie industrielle israélienne se voit confier par sa patronne la mission de ramener dans son village natal le corps d’une employée roumaine morte dans un attentat. Ce n’est évidemment pas la faute de l’entreprise. Mais le corps de l’employée est resté trois semaines à la morgue sans qu’on remarque son absence du côté des pétrins. Cela fait désordre et pourrait nuire à l’image de la maison, d’autant plus qu’un journaliste à scandale rôde. On va donc faire amende honorable en assurant le rapatriement et l’enterrement de la défunte, tous frais payés. Et voilà le DRH catapulté dans un pays dont il ne parle pas la langue et dans lequel tout — de la météo aux fonctionnaires en passant par la famille de la défunte — semble se liguer pour l’empêcher de mener à bien sa tâche. Cependant, lorsqu’il arrive à destination, deux surprises l’attendent : d’une part, une longue cérémonie funèbre obéissant au rite orthodoxe, mais qui ressemble furieusement à celles de n’importe quelle autre religion ; d’autre part, la décision des gens du village : puisque la défunte avait quitté ledit village pour aller travailler en Israël, c’est en Israël qu’elle doit être enterrée.

 

Cela pourrait donc s’appeler « le Voyage inutile », à ceci près que le dénouement nous renvoie à cette sublime parole d’Anaxagore mourant adressée à ses amis qui s’inquiétaient de savoir s’il fallait le ramener dans sa contrée natale : « Quel que soit l’endroit d’où l’on part, la distance jusqu’aux Enfers est exactement la même. » On aimerait que ce principe d’identité se grave dans tous les esprits. Mais l’orgueil de chacun fait que le mot identité a subi un retournement de sens : on parle sans arrêt d’identité individuelle quand il ne saurait y avoir d’identité qu’avec l’Autre. C’est cette vérité élémentaire qu’Eran Riklis essaie de faire passer dans ses films et qui déplaît à certains.

 

            Nous permettra-t-on d’évoquer ici l’un de ses premiers longs métrages, Cup Final (il n’existe pas de dvd français, mais le dvd américain est facile à trouver et est vendu « dézoné ») ? Juin 1982 : accrochage entre des soldats israéliens et un commando palestinien. Les Israéliens sont presque tous tués et le soldat Cohen se retrouve otage du commando. Le chef palestinien le fouille et lui enlève tous les documents qu’il a sur lui, mais il ignore qu’en exerçant ainsi son pouvoir, il va le perdre. Dans un portefeuille de Cohen, toute une série de tickets qui lui auraient permis d’assister à la coupe du monde de football en Espagne s’il n’avait été embringué malgré lui dans cette guerre du Liban. « Ah ! tu aimes le foot ? ironise le chef du commando. Et tu soutiens quelle équipe ? » « L’Italie », répond Cohen avec ferveur. Le chef du commando ne répond rien, mais il révélera petit à petit qu’il a fait ses études en Italie, qu’il a épousé une Italienne et qu’il a eu avec elle un enfant. Voilà les deux hommes complices malgré eux. Mais ils le seront plus encore dans une scène tout à la fois drôle et angoissante, en un mot bouleversante. Les Palestiniens, à la recherche de nourriture, s’imposent dans la maison d’un ami de l’un d’entre eux. Ils tombent mal. L’ami doit marier sa fille le soir même. Mais qu’à cela ne tienne, à la guerre comme à la guerre : ils seront inclus parmi les invités, et pour ne pas introduire de fausse note dans la fête, le soldat Cohen sera habillé en civil. Musique. L’une des Palestiniennes, qui n’est pas au courant de l’affaire, n’a d’yeux que pour Cohen et l’invite à danser. Débarque au même moment, pour un contrôle de routine, une patrouille de soldats israéliens. Le chef palestinien braque immédiatement un revolver dans le dos de Cohen : « Si tu parles, tu es mort. » Cohen ne parle pas, mais les soldats israéliens dévisagent longuement tous les invités, et… Et rien ! Les Israéliens repartent sans avoir reconnu en Cohen l’un des leurs. Qui perd gagne et qui gagne perd. En condamnant Cohen au silence, le Palestinien a fait de lui son frère.

 

            Le prochain film, déjà tourné, d’Eran Riklis se nomme Playoff. Il raconte le cas, authentique, d’un joueur de basket israélien devenu entraîneur d’une équipe de basket allemande alors même que son père, de nationalité allemande, était mort dans un camp de concentration. Décidément, ce Riklis manque d’imagination. Tout ce qu’il sait faire, c’est un cinéma qui dépasse les bornes.

 

FAL

 

(1) Le roman original est publié en français dans le Livre de Poche sous le titre le Responsable des ressources humaines.

ADIEU MA CONCUBINE (Chen Kaige, 1993)

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Alors que Ai Wei Wei est jeté en taule par les autorités, on s’est rappelé les débuts de l’ouverture culturelle de l’empire du milieu en revisionnant Adieu Ma Concubine, de ce bon vieux Chen Kaige qui n’a quand même pas fait grand-chose de formidable depuis – à part le gentil Enfant au Violon et quelques films à tendance commerciale qui n’ont pas vraiment eu le succès escompté. Chen Kaige faisait partie, avec Zhang Yimou et Tian Zhuangzhuang, de ce qu’on a appelé « la cinquième génération » des cinéastes chinois. C’est-à-dire ceux issus de la promo 1982 de l’institut pékinois qui avait rouvert ses portes en 78 après la chute de Jian Qing, ancienne actrice ratée (et accessoirement femme de Mao) qui terrorisait le monde des arts et des lettres. N’exagérons pas, cette cinquième génération n’a jamais été un véritable courant artistique contestataire qui aurait chercher à renverser le pouvoir en place. Néanmoins, Adieu Ma Concubine avait créé son petit scandale dans les rangs d’un Parti qui s’était résigné à ne pas le censurer car, comme le disait John Woo : « Le Parti s’enorgueillit de ses stars ».

 

Adieu Ma Concubine fait partie de ces grands films-fresques qui courent sur une longue période du XXème siècle en en dépeignant les admirables conflits avec une rare intelligence et une grande sensibilité au travers de quelques destins particuliers. Tout commence en 1924 avec le petit Douzi, amené à une école de l’opéra de Pékin par sa mère qui ne peut s’occuper de lui. Il y rencontre la forte tête Shitou, qui devient rapidement son ptit pote malgré des tempéraments radicalement opposés. Douzi est taciturne, frêle, calme, Shitou est plutôt costaud, rigolard et turbulent. Ils subissent ensemble le rude enseignement de l’école, entre répétitions, acrobaties et châtiments corporels. Une tendre enfance en somme. Comme l’opéra de Pékin est une discipline rigide, à laquelle on doit dédier sa vie, Shitou se voit tôt attribué le rôle du roi et Douzi celui de la concubine dans la pièce phare du théâtre chinois. Douzi, déjà un tant soit peu perturbé, a de plus en plus de mal à faire le distinguo théâtre / réalité et devient amoureux de son compagnon de théâtre. Les années passent. Douzi devient Cheng Dieyi (joué par mister Leslie Cheung), Shitou devient Duan Xiaolu (Zhang Fengyi dans le rôle de sa vie). Duan rencontre la belle Juxian (Gong Li à tomber par terre) qui devient sa femme. Les relations entre les trois se font de plus en plus complexes et tragiques alors que le pays est lui-même en proie à des changements politiques de plus en plus dramatiques (invasion japonaise, prise du pouvoir par les cocos, révolution culturelle…). Tout cela finit évidemment assez mal mais on n’ira pas plus loin dans le spoiler pour ceux que cette fresque a jusque là rebutés.  

 

Le film de Chen Kaige n’est pas un film contestataire. En accord avec les orientations du Parti de l’époque, mené par le gros malin Deng Xiao Ping, Adieu Ma Concubine pointe du doigt l’occupation japonaise, dénonce la révolution culturelle comme une aberration, et le règne de Jian Qing comme une période à bannir de l’histoire de République Populaire. L’ouverture du film est à cet égard éloquente : on est en 1977, Duan et Cheng n’ont pas joué la pièce depuis onze ans, ce qui est mis sur le dos de Jian Qing et immédiatement suivi de la phrase : « Maintenant, tout va bien ». Mouai. Certes, il était novateur qu’un réalisateur chinois s’attaque à l’œuvre du grand Mao, mais c’est que la cinquième génération dénonçait surtout ce que le Parti leur disait de dénoncer. Ils n’avaient pas vraiment la possibilité de dénoncer la misère sociale contemporaine.

Mais peu importe, censure et contrôle du glorieux PCC ou pas, Adieu Ma Concubine reste un des plus beaux films réalisés jusqu’à maintenant (palme d’or 93 et classé 97 dans le top 100 du cinéma du monde par Empire, rappelons le). Après tout, Ivan le Terrible, quasiment monté par Staline tant ce dernier est intervenu, reste un des chefs-d’œuvre de l’histoire du cinéma et Chen n’a pas eu à subir ça pour son film. Techniquement irréprochable, bénéficiant du talent et de la classe de trois acteurs époustouflant, Adieu Ma Concubine était la première preuve que les Chinois pouvait faire aussi bien voir mieux que les voisins d’Hollywood et qu’ils étaient à même de véhiculer par le biais du cinéma leur culture. Un film chinois de 171 minutes avec bon nombre de séquences d’opéra local, voilà qui pouvait promettre au spectateur lambda une sacrée sieste. Mais la combinaison des talents de toute l’équipe (n’oublions pas Zhao Jiping à la musique et Gu Changwei à la photo) fait que pas une seconde l’ennui n’est en mesure de pointer le bout de son nez et les sonorités ardues pour l’oreille occidentale de l’opéra chinois passent sans aucun soucis. Ce qui est, sur ce dernier point, un coup de maître, merci d’en convenir.

Evidemment, là où, politiquement, Chen Kaige innove et posait un sacré problème aux autorités, c’était en semant ça et là quelques principes confucéens mais surtout en plaçant au centre de son film l’homosexualité. Le choix de Leslie Cheung pour interpréter Cheng Dieyi n’était évidemment pas anodin. Il suffit d’imaginer les cadres du Parti face à ce film qui faisait s’émouvoir le public mondial pour cette histoire d’amour tortueuse, poétique, mais pas du tout en accord avec la ligne générale ! Quasiment vingt ans après sa réalisation, cette question est toujours taboue dans la Chine de Hu Jin Tao.

 

MAtthieu Buge

GHOST IN THE SHELL 2 – INNOCENCE (Oshii Mamoru, 2004)

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On avait déjà parlé ici assez longuement du prodigieux Ghost In The Shell. On va faire nettement plus court cette fois. Ca semblait impossible mais si, le second, « Innocence », qu’on a enfin vu récemment, fait encore plus de nœuds au cerveau. Pendant le visionnage comme après. Sinon, ça ne serait pas drôle.  

Batou, le colosse cybernétique qui accompagnait le major Kusanagi dans le premier film doit déjouer un nouveau complot. Des gynoïdes (androïdes girly si ça peut aider) qui servent de prostituées massacrent leurs clients avant de se suicider. Batou et son petit pote Togusa (le seul encore un peu humain de l’équipe de la section 9) vont alors fouiner chez les yakuzas pour comprendre qui tire à la fois les ficelles de ce jeu sordide et les marrons du feu. Mais aussi pour découvrir le principe « vital » qui anime ces dangereuses sexaroïdes. Apprenant que les yakuzas ont vendu des jeunes filles à l’entreprise Locus Solus qui créé les robots, Batou comprend que ces poupées du futur sont dotées d’un ghost d’une manière tout à fait illégale qu’on pourrait résumer ainsi :

Une jeune fille = un ghost. Ce ghost est dupliqué à l’infini pour en doter les sexaroïdes et les mettre sur le marché. La jeune fille meurt peu à peu, le ghost original étant détruit dans le processus.

Pour mettre fin à tout cette entreprise, Batou va se voir accompagné par son « ange gardien », le ghost du major Kusanagi.

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Dans un sens, il se passe nettement plus de choses que dans le premier. L’enquête est plus « concrète », il y a plein de morts, Batou se fait pirater son propre ghost, Oshii opte cette fois moins pour les scènes contemplatives que pour les mises en abymes symboliques et plutôt rythmées… et pourtant. Pourtant Oshii nous emmène dans un labyrinthe métaphysique encore plus tortueux que dans Ghost In The Shell. Et comme si les interrogations de base ne suffisait pas à rendre le film un tant soit peu complexe et obscur, Oshii a décidé de truffer son film de références et de citations diverses, à tel point que de temps à autres les scènes et dialogues ne sont composés que d’images et de répliques que l’on pourra attribuer à des gens aussi variés que : Villiers de l’Isle Adam, Donna Haraway, Hans Bellmer, Raymond Roussel, Ridley Scott, Milton, Confucius, la Bible, Max Weber, Descartes, Platon, Bouddha, les frères Grimm… Oui, quand même! On ne décryptera pas ici toute ces références. Pour la simple et bonne raison que quelqu’un l’a déjà fait de manière très complète ici.

 

Il semble difficile d’être tiède vis-à-vis d’une telle œuvre. On peut être fasciné, on peut détester. Les deux sont compréhensibles. Mais c’est un peu comme du Tarkovski : il faut essayer, pour éviter de louper une grande expérience de cinéma. Pour donner un peu envie, on se limitera donc à inciter au visionnage du générique :

 

 

 

MAtthieu Buge

 

INCENDIES (Denis Villeneuve, 2010)

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Simon et Marwan sont jumeaux et viennent de perdre leur mère. À la lecture de son testament, ils se voient confier deux enveloppes : l’une destinée à leur père qu’ils croyaient mort, l’autre à un frère dont ils ignoraient l’existence. Marwan décide de se rendre au Moyen-Orient à la recherche de ces deux êtres qui pourraient expliquer le mystérieux mutisme dans lequel à sombrer sa mère quelques semaines avant sa mort. Simon la rejoindra pour compléter l’énigme.

Adapté d’une pièce de théâtre de Wadji Mouawad, Incendies est une tragédie familiale bouleversante, servie par une interprétation enlevée et une réalisation ambitieuse. Et même si le réalisateur sort la grosse artillerie : l’insistance avec laquelle il filme les visages (implorant l’émotion), les métaphores un peu grossières (la piscine) et une mise en scène maniérée, le film est efficace et bluffant.

On suit donc Marwan sur les traces d’une mère dont elle ignore l’histoire dans un pays (le Liban, même s’il n’est pas cité afin de rendre le film universel) auquel elle ne connaît rien. Ponctué de flashback au fur et à mesure que la fille touche au but, le récit revient sur des épisodes d’une guerre civile et de ses conséquences actuelles. On se laisse embarquer jusqu’au dénouement final, violent et apaisé.

Ce n’est pas un mince tour de force que de tenir en haleine jusqu’au bout de ce voyage initiatique. Le scénario prend le meilleur de la construction théâtrale et le cinéma apporte son efficacité plastique comme lors de l’étouffante scène du bus. L’empathie est immédiate avec ces orphelins à la recherche de leur histoire, celle que leur mère s’est attachée à cacher.

La distribution est à la hauteur, Lubna Azabal est impeccable et porte son personnage, pourtant chargé, avec simplicité et vérité, les jumeaux réussissent à dépasser leur emploi de faire valoir. Enfin, les notaires, Rémi Girard en tête, amènent un peu de fraîcheur et de légèreté à une histoire qui évite le vase clos.

Le récit transcende les défauts formels du film pour toucher au cœur. Malgré son message simpliste car trop universel, son personnage central terriblement iconique : Quelle claque !

Timothée Bongrain

RANGO (Gore Verbinski, 2011)

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C’est étonnant à quel point, en quelques années, les spectateurs ont pris l’habitude de prendre les films d’animation récents pour ce qu’ils sont : des « vrais » films dans lesquels adultes et enfants s’y retrouvent. Si tel n’est pas votre avis, Rango est là pour vous convaincre.

 

Un caméléon domestique, qui ne connaît que les quelques centimètres carrés de son vivarium, s’invente une vie rocambolesque pour tromper l’ennui. Un accident de la circulation va lui offrir l’aventure dont il rêvait. Notre héros fera la rencontre de crasseux doux dingues, habitants d’un village où la sécheresse fait rage. Le nouveau venu va incarner le dernier espoir et se voir confier l’étoile de shérif : Rango sera son nom, être à la hauteur de sa légende sa mission.

 

La quête d’identité est au cœur de ce film. Rango n’a pas de nom jusqu’à ce qu’il s’en invente un. Une question lancinante le poursuivra : Who am I ? En effet, la question est légitime au vu de la laideur du bonhomme. Chose à la fois visqueuse et sèche, c’est osé de faire d’un caméléon déglingué le héros d’un film d’animation grand public. Le pari est moins risqué au regard de la qualité de l’animation. Pas besoin de 3D ici pour sublimer le désert, les panoramiques sur le soleil couchant ou le festival de tronches qui défilent devant la caméra de Gore Verbinski. Notre ami Rango, bavard et un poil snobinard, est entouré de bêtes à poils et à plumes : leur expressivité et leur caractérisation sont déjà, en soi, une raison d’aller voir ce film.

 

La fabrication du film n’est pas sans rappeler le Fantastic Mr Fox de Wes Anderson (en moins auteurisant). Ici aussi, tout part de l’interprétation de comédiens en chair et en os. Filmé et motion capté, leur jeu est retranscrit en animation avec un sens du détail réjouissant (observez le jeu sur les ombres). Johnny Depp incarne Rango : sa voix, ses gestes et ses expressions, tout se retrouve à l’écran sans que ce soit gênant. On oublie Johnny pour suivre Rango dans ses aventures. Celles-ci multiplient les clins d’œil aux westerns tendance spaghetti où le cradingue côtoie les archétypes du genre. Quelques gags enfantins parsèment le récit, sans eux, on douterait que le film s’adresse aussi au jeune public tant le récit est parcouru de références et d’interrogations adultes.

 

Malgré un petit trou d’air dans sa seconde partie et une musique un peu trop appuyée, Rango est avant tout un pur plaisir de cinéma. Le récit enchaîne les morceaux de bravoure. La bataille aérienne à la Starwars, les chevauchées à travers le désert, l’arrivée de Rango au Saloon, la poursuite avec l’aigle,… Tout est prétexte à rire et à se laisser embarquer, mention spéciale aux mariachis qui n’arrête pas d’annoncer avec délectation la mort prochaine du héros. Le réalisateur et Rango partage le même credo : l’imagination au pouvoir.

 

Bonne nouvelle, Gore Verbinski prouve qu’il y a une vie après les Pirates de Caraïbes. Quand Chinatown rencontre le Clint Eastwood de Sergio Leone, ça donne Rango, un vrai film de cinéma.

 Timothée Bongrain

SUCKER PUNCH (Zack Snyder, 2011)

 

SUCKER_PUNCH_KMMAprès les hiboux 3D de Ga’Hoole -mais QUI a vu ce film?- Zack Snyder revient à son univers d’ado un peu sombre, toujours lourdingue, youpi!
Résumé: Babydoll, 20 ans -jouée par la prometteuse Emily Browning- accusée d’avoir tuée sa p’tite soeur, se retrouve enfermée dans un asile psychiatrique. Avant sa lobotomie, arrangée par son charmant beau-père incestueux, elle doit trouver le moyen de s’échapper. Elle s’imagine alors être prisonnière d’un bordel, qu’elle veut fuir avec sa bande de copines-prostituées canons. Il suffit juste qu’elle récolte un briquet, un passe-partout, un couteau, un plan. Vous suivez à peu près? Parce que ce récit à boîtes se complique drôlement. Dans de ce monde imaginaire, le spectateur plonge encore dans les rêves apocalyptiques de Babydoll, aux moments où elle effectue une danse érotico-hypnotique. La ruse, c’est qu’on ne la voit pas se trémousser à l’écran, mais transportée dans divers mondes parallèles avec ses quatre potes. Elles y combattent sans gros soucis des samouraïs géants, des robots, des dragons, etc. Vaguement coachées par le vieux mentor -qui a le don de conclure ses brief’ par une phrase bidon en diable, digne de « La Philo pour les archi-nuls ». Suspens insoutenable: Babydoll pourra-t-elle échapper à son trépanateur -interprété par Don Drapper/Jon Hamm? 

Le second degré est bien là. Le grand spectacle 300% numérique aussi. Imaginez toutes ces belles nanas invincibles, en talons et tenues légères, virevoltant avec génie dans les airs, zigouillant des méchants à tout-va, le tout mis en scène à la manière de tableaux de jeux vidéo. Pas mal hein? Palme du plus laid vilain aux nazis version zombies, victimes d’acné sévère. Dans ces univers très WTF-heroic-fantasy, les couleurs sont sombres, tirant vers le rouge-orangé ou le vert, alourdis en musique pop-rock rugissante, dont un remix de Queen insupportable.Les séquences de combat sont entrecoupées de scènes-clips toujours aussi sexy, aux dialogues toujour aussi… hm, intéressants.

On pourrait y voir une ode au féminisme. Un hommage aux adolescentes cabossées par la vie. Voire un récit grossièrement pimenté de notions freudiennes -conscient, inconscient, refoulement, blabla- grâce à une amusante narration. Balivernes, on ne regarde surtout pas un Snyder pour enrichir sa pensée en références douteuses mais pour l’amuser d’un navet délicieux. Bien qu’un peu pénible pour les yeux et les oreilles par moments, Sucker Punch constitue une suite logique après le grandiloquent 300 et le (trop) grave Watchmen. La vacuité sophistiquée ET divertissante, c’est la patte de ce réalisateur. Et tant pis si quelques puristes intolérants la décrient. 

Anne-Laure Pham

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THE MISSION (Johnnie To, 1999)

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On a déjà parlé ici de la productivité et du talent de Johnnie To. Mais en revisionnant le relativement daté The Mission, on s’est dit qu’il fallait tout de même mentionner ce film de 1999 car c’est le meilleur exemple de thriller-feel-good-movie dont To est le spécialiste.

 

Comme toujours avec la Milky Way, le plot de base est d’une simplicité qui laisse perplexe et le scénario dans son ensemble d’une efficacité qui laisse pantois. Lung (Eddy Ko), un ponte des triades, survit à une tentative d’assassinat. Son frère Franck (Simon Yam) réunit un groupe de professionnels du flingue qui se sont recyclés dans des activités plus ou moins légales pour jouer les gardes corps et trouver le traître qui est derrière la menace faite à son frère. Il y a Roy (Francis Ng), un petit chef qui contrôle un quartier de Hong Kong avec son jeune bras droit Shin (Jackie Lui), il y a James (Lam Suet), manifestement expert en arme mais dont les réelles occupations ne semblent pas dépasser le jeu en game center et le grignotage de cacahuètes, il y a Mike (Roy Cheung), qui s’occupe d’un parking et des soirées olé-olé de petits businessmen et enfin, il y a Curtis (Anthony Wong), un tueur au sang glaciale et accessoirement coiffeur à ses heures. Malgré leurs différences et le fait qu’ils ne se connaissent pas tous de prime abord, ces cinq lascars forment une sacrée équipe et l’espèce de fraternité qui les unit peu à peu les place dans une sorte de sous-ensemble dans le monde des triades. Mais il suffit d’un détail pour que cette fraternité… risque de tomber comme un château de cartes.  

 

C’est à peu près tout. Un tueur à trouver et à éliminer. Une entente à créer. Une loyauté à respecter. Une idée qui ne casse donc pas des briques. Sauf que c’est Yau Nai-Hoi au scénar’ et Johnnie To à la réal’. On n’en saura jamais beaucoup sur ces cinq lascars, mais on en comprendra bien suffisamment. Comme on le disait au sujet de PTU, les deux compères manient à la perfection le non-dit et il prend ici une dimension particulièrement puissante, voire émouvante, surtout entre les deux fortes têtes Roy et Curtis. Quand tout part à vau-l’eau, quand le gang manque de se déchirer dans un bain de sang, les deux entrent dans une sorte de choc des titans. Très peu de mots. Juste le magnétisme du placide Anthony Wong et le charisme d’un Francis Ng au bord de la folie destructrice, et la caméra de Johnnie To. Sans qu’un mot soit énoncé, les deux passent de manière évidente de la concurrence à la haine puis au respect et à l’amitié.

C’est que The Mission est le parfait exemple de cette capacité qu’a Johnnie To à faire dans le film d’images et non dans le cinéma de mots. La narration, la caractérisation des personnages, l’intensité des moments forts… tout n’est qu’ambiance, mouvements de caméra, faciès interdits, énervés, amusés ou suspicieux. Des dialogues, il y en a, oui. Heureusement ! Le père To ne nous envoie pas non plus tous les six mois une sorte de clip vidéo un peu inventif. Ses personnages ne sont jamais de simples motifs et l’intrigue est toujours étoffée de thématiques habilement et simplement traitées. Néanmoins, il faut bien admettre que les dialogues et citations ne restent pas bien longtemps dans les esprits, et qu’une des forces de The Mission réside dans cette succession de scènes originales, amusantes et excitantes, qui viennent ponctuer une intrigue de base simple et efficace. A commencer par cette formidable fusillade dans un mall désert, clairement à mettre dans les meilleures scènes du genre filmées jusqu’à présent :

 

    

 

Et parce qu’on aime les chorégraphies du sieur To, juste pour le plaisir, revoyons les as du flingage à tout va attendent leur patron en s’amusant comme ils peuvent:

 

   

 

 

MAtthieu Buge

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P.T.U (Johnnie To, 2003)

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Allez savoir pourquoi, on a dans les tuyaux un post sur le formidable The Mission qu’on n’a jamais fini. Mais ça viendra. Pour le moment, penchons-nous un instant sur PTU, bien représentatif du fait que To, même quand il est dans le « moyen », reste un sacré faiseur d’entertainment intelligent.

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Lo Saï (l’incomparable Lam Suet) est le chef de la section « anti-gang » de la police hongkongaise. Aussi gros que maladroit, il commence la soirée avec une voiture vandalisée, quelques bons hématomes sur la face et le vol de son arme de service. Pour suivre la procédure, il faudrait faire un rapport qui signifierait la mise à pied de Lo. D’autant qu’il est possible que son pistolet soit mêlé à la mort d’un caïd, survenue quelques instants plus tard dans le même quartier. Mais Tchin (Simon Yam), qui dirige une section de la Police Tactical Unite, décide d’aider Lo en remettant le rapport au lendemain, le temps de retrouver l’arme. Mais pour ça, il va falloir aller taquiner  et deux gangs des triades et la « Crim’ », département de la police qui n’entend pas laisser la P.T.U n’en faire qu’à sa tête.

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Alors oui, PTU, comparé à The Mission, à Election 1 & 2, Exilés, ou même le gentil Sparrow, peut apparaître un peu mal foutu, trop lent, le scénario sans doute un peu bâclé… On peut se demander si Yau Nai Hoi était au top de sa forme pendant l’écriture et ce que To avait fumé au moment du choix de la musique, kitsch au possible, souvent peu inspirée et ou même simplement en accord avec l’ambiance à l’écran. Le meilleur exemple étant cette très longue scène de progression de la PTU dans une cage d’escalier, pourtant magnifiquement filmée et montée, au potentiel de suspense bien réel, mais ruinée par une guitare électrique lénifiante. Seulement voilà, ça marche quand même.

D’abord parce que Johnnie To, assisté de son fidèle Cheng Siu-Keung à la photo, réussit à faire ce que nous autres français n’arrivons pas à faire depuis des décennies et que les ricains font aisément mais pour beaucoup plus cher : un polar qui a de la gueule. Une allure. Une ambiance. Une image qui en jette grâce à une lumière maîtrisée comme rarement et des choix d’angles de caméra qui viennent faire varier la syntaxe de la narration de manière tout à fait opportune.

Ensuite parce que les films du duo Johnnie To / Yau Nai Hoi, même quand ils sont moins bons, ont toujours quelque chose à dire, un propos en filigrane, des interrogations qu’ils se gardent généralement de trancher et dont ils font sentir tous les tenants et aboutissants dans les silences des personnages et les non-dits de la narration. Ce qui guide nos personnages dans cette histoire, qu’est-ce ? L’héroïsme ou la chance, la loyauté ou la trahison, la force ou la lâcheté,   le respect des règles ou l’illégalité totale ? Tour à tour ces concepts sont retournés et l’attitude de chaque personnage remise en question. Et To fonctionne de la même manière pour mettre en scène ses sujets favoris : les différentes forces de police, les triades, et les systèmes de collusion, les amitiés et inimitiés qui régissent ce petit monde. Le film s’achève sur le rapport évoqué plus haut, établi par trois personnes différentes. Qui dit la vérité ? Qui semble être l’individu le plus honnête et le plus recommandable ? Le spectateur, pourtant seul personnage objectif de cette histoire, sera bien en peine de trancher.

 

Matthieu Buge